Après Montreuil, nous continuons notre exploration de ces cantines qui, en plus d’être de bonnes tables, fabriquent du lien social. Cette semaine je vous emmène découvrir deux nouvelles escales du vivre ensemble, deux pépites où je me rends régulièrement prendre des shots de good vibes.

Nous irons d’abord pousser la porte de l’Ami Pierre dans le quartier du Faubourg Saint Antoine, puis direction Les Pianos à Montreuil.
L’Ami Pierre
On quitte la rue animée du Faubourg Saint Antoine par un petit passage secret qui nous emmène dans un tout autre Paris, un Paris village aux airs d’autrefois, authentique et préservé, niché à quelques pas à peine des sentiers touristiques.

A l’ancien rebouteux
Façade rouge surmontée de l’enseigne « À l’ancien rebouteux », long comptoir en zinc, tommettes au sol et tables en marbre : l’Ami Pierre paraît immédiatement familier. Aux murs s’accumulent affiches, photographies et tableaux, souvent issus d’expositions temporaires destinées à mettre en lumière les artistes locaux.

Véritable bistrot de quartier, les habitués se pressent au comptoir ou débordent dans la rue un verre à la main, tandis que les visiteurs d’un soir se frayent un passage pour aller s’attabler et profiter de l’ambiance.


Ici on trinque et on parle fort, on rigole, on chante, on chambre, on chahute un peu et on refait le monde, beaucoup. Les habitués n’hésitent pas à venir prendre des nouvelles des nouvelles têtes, on aime ce lieu et on aime le partager.

Les profils se mélangent sans distinction. Un réfugié politique va taper la discute avec un dessinateur satirique et un artisan discret, mais qui est au passage le spécialiste des serrures d’exceptions, et qui équipe les plus grands châteaux d’europe.

Une carte solide
Si l’ambiance est dans la salle, elle se retrouve aussi dans l’assiette. La maison propose une carte soignée, de la bonne cuisine de bistrot. C’est ici que j’ai découvert les couteaux à la sétoise, que l’on peut commander en entrée ou au format plat.



Pour la petite histoire, avec mon amie Flo nous avions été interviewés par une télé japonaise qui faisait un reportage sur le Paris authentique, à destination des nippons qui souhaitaient voyager en France. Enorme soirée, on avait raconté n’importe quoi à la traductrice, les habitués étaient déchainés et l’équipe japonaise avait un peu halluciné.
Et puis quelques semaines après c’était le Bataclan, les touristes japonais ne sont pas venus. Mais la chaine nippone a envoyé l’émission qui a été montée en mode manga kawai et diffusée, et le patron m’en a donné un exemplaire en DVD. Un film que vous ne verrez jamais les amis : un enorme dossier.

Rue de la main d’or
L’ambiance est également portée par Robin le patron et son épouse, anciens habitués qui ont changé de vie et repris le lieu quand la propriétaire historique a voulu baisser le rideau. Je n’ai pas connu cette époque mais le pari semble réussi : l’Ami Pierre a conservé un mélange rare de convivialité, d’authenticité et de vie de quartier.

N’hésitez pas à aller prendre un shot de vivre-ensemble rue de la main d’or. Allez y en fin de semaine, hors vacances, pour bénéficier de l’unique atmosphère. Hors canicule également, j’y étais encore ce week-end et c’était inhabituellement feutré.

Allez, on passe le périph et on file à Montreuil découvrir les Pianos, l’autre pépite.
Les Pianos
On quitte le format bistrot pour un vaste lieu hybride, entre guinguette et tiers lieu. Situé entre le métro Robespierre et la Place de la République, l’établissement occupe une ancienne manufacture, un des nombreux témoin du riche passé industriel de Montreuil.

les Pianos Klein
Le lieu doit nom à l’histoire du bâtiment. A la fin du 19ème siècle, les murs abritaient le showroom de la manufacture Pianos Klein. Cette entreprise familiale avait choisi Montreuil pour son importante filière du bois, indispensable à la fabrication des instruments.

Un peu comme le Drunken que nous avions vu (et que je vous recolle plus bas), Les Pianos raconte aussi l’histoire industrielle de Montreuil, et fait le lien entre le patrimoine ouvrier du quartier et son dynamisme culturel aujourd’hui.

Entre guinguette et tiers lieu
Le point commun avec l‘Ami Pierre, c’est le supplément d’âme qui dépasse largement la cuisine. Si à l’Ami Pierre, les murs servent de galerie et les conversations naissent spontanément entre inconnus, aux Pianos le lien passe davantage par une programmation artistique qui attire un public fidèle.

Jazz, tango argentin, musique cajun… La programmation musicale est éclectique et il y a souvent un groupe le weekend pour transformer le diner en véritable soirée.

Côté ambiance, on est à Montreuil : c’est décontracté, chaleureux, et toujours très chill. On chahute un peu moins qu’à l‘Ami Pierre même si le brassage est tout aussi présent. Étudiants, familles, artistes, habitants du quartier… les generations comme les milieux sociaux s’y côtoient naturellement.

Le lieu héberge également des cours, ateliers et stages de danse, de chant ou encore de theatre. Cette dimension finit de donner aux Pianos des allures de friche culturelle
Une carte relevée
Poulpe grillé, bœuf façon thaï, mafé… La cuisine est particulièrement soignée et les classiques sont souvent revisités avec des touches africaines. Une évidence à Montreuil, ville qui abrite historiquement l’une des plus importantes communauté malienne au monde.



La pépite dans la pépite, c’est sans conteste le jardin caché. Aménagé dans un esprit guinguette, il permet de déjeuner ou dîner à la fraîche, enfin autant que la météo le permet.

Si vous venez passer une soirée à Montreuil, ce que je vous recommande en évitant le mot chaudement, vous pouvez la commencer ou la terminer aux Pianos.
On continue avec Montreuil et deux lieux que nous avions découvert lors d’un article précédent.
Le Drunken
Direction le Drunken situé non loin du métro Croix-de-Chavaux. Né au milieu des années 2010 dans le sillage de la vague de la craft beer, la bière artisanale, qui a déferlé sur Paris, le lieu a vite dépassé son statut de simple cave à bières pour devenir un véritable espace d’échanges et de rencontres.

ambiance et déco de l’est-parisien
Dès qu’on pénètre dans le lieu, on est immédiatement happés par l’ambiance d’une vaste salle en mode entrepôt et où les grandes tables sont à « touche-touche », ce qui facilite les interactions. Aux murs, des photos de concerts et des posters de films issus du cinéma alternatif des années 70, peut être un clin d’œil aux anciens studios Charles Pathé, qui faisaient de Montreuil au début du 20ème siècle un acteur majeur du cinéma .

DJ sets, concerts, cabarets, sessions vinyles, et même un comedy club un jeudi sur deux, l’agenda est plutôt diversifié, il y en a pour tout le monde.

De la bière, des tapas et des jeux
Les amis, si vous aimez la bière vous devriez trouver votre bonheur, que ce soit dans les innombrables bouteilles de bières artisanales qui s’alignent dans les grands frigos, ou bien dans les nombreuses tireuses à la pression.

Mais jetez quand même un œil à la carte projetée au mur : les prix peuvent varier du simple au quadruple. Lisez bien tout, car la dernière fois j’ai commandé du cidre, mais le barman, avec ce sixième sens propre au métier, a tout de suite suspecté que je m’étais trompé.
Pour accompagner, la boutique propose une sélection de tapas plutôt sympa. La tapenade « maison » doit vraiment être faite maison, car lorsque j’en ai commandé, la barmaid m’a expliqué qu’ils devaient en refaire … et j’ai bien senti qu’elle me pardonnerait volontiers de faire un autre choix.

Mais le truc vraiment sympa, ce sont les jeux mis à dispo. Arcade, jeux de balles, board games, et tout est gratuit. Vous pouvez confronter vos connaissances, ou même vous glisser dans la peau d’un antifa, un concept qui a pas mal tourné sur les plateaux télé dernièrement.



A ma dernière partie de « balle dedans », un rasta , peut être sous euphorisant, s’est surinvesti émotionnellement dans le déroulé : très déçu lorsque la balle n’attrapait pas le gendarme, (trop) réjoui lorsqu’on touchait au but. C’était très drôle.

Coté ambiance c’est le classique bas Montreuil, un mix plutôt engagé et bienveillant, on se sourit et on se parle.

On en reste là avec le Drunken, n’hésitez pas à jeter un œil à l’agenda, je vous colle toutes les infos à la fin.
Allez on file à la Marbrerie, située non loin, pour une soirée manouche.
La Marbrerie
Cantine, salle de concert, centre d’art et d’expérimentation, la Marbrerie est un autre incontournable du vivre-ensemble Montreuillois. Installée dans une ancienne marbrerie réhabilitée, le tiers lieu propose une déco brute et une programmation léchée.
Cantine le midi, répétitions et résidences d’artistes en journée, concerts le soir puis club la nuit, tous les publics se croisent.

Soirée salsa, brunch en musique, tribute au concert unplugged de Nirvana, musique argentine, électro party… l’agenda est résolument éclectique. On attend même les Pussy Riots le 2 avril, ces opposantes à Poutine qui défrayent régulièrement la chronique. La programmation est à l’image du lieu : métissée.

Les lieux qui ont une âme sont ceux faits d’habitudes et de passages. En fonction de la programmation, les visiteurs d’un soir viennent, parfois de loin, se mêler au noyau dur des habitués.
Le groupe de mamies qui refait le monde en rigolant autour d’une bouteille de rouge, le retraité avec sa casquette sa casquette vissée qui va absolument tout photographier, la jolie métisse qui débarque avec son perfecto et sa jupe de gitane, qui va tourbillonner toute la soirée, sa pinte à la main… Tous ont un point commun, un grand smile.

Au milieu de la salle encore vide, Johnny Montreuil salue ses proches. Ce poète du bitume, qui vit dans sa caravane au milieu des murs à pêches, vous l’avez souvent croisé si vous suivez ce blog. Puis c’est parti pour un set de musique cajun.


Ce soir, c’est carnaval manouche aux accents afro-caribéens, et dans la salle toutes les générations se croisent et se mélangent.

Allez, on se met dans l’ambiance en vidéo.
On en reste là avec ces cantines du vivre-ensemble, on en fera d’autres sur Montreuil et même sur Paris. .Je vous colle les liens vers la programmation, le Drunken et la Marbrerie.
Si vous souhaitez vous abonner les amis, c’est toujours ici :
A suivre : les amis je vous emmène, l’espace d’une soirée, en enfer…

Bon week-end
N.
2 commentaires
On parlait justement cette semaine de l’Ami Pierre car on a mangé des couteaux en Bretagne !
A refaire Sylvie !!