Les épisodes de chaleur semblent enfin terminés, on en profite pour ressortir le vélo et partir retrouver la belle Marne, qui m’a manqué cet été. Après les boucles vers l’ouest, je vous propose cette fois de descendre à l’est le long des berges, jusqu’à retrouver la Seine aux portes de Paris.

Après avoir soigné l’âme et l’esprit lors de la Balade de Jeanne, nous voilà maintenant à travailler le physique en partant pédaler sur la Marne. Cet espace est véritablement une discipline complète !
Je vous ai collé au passage un itinéraire d’une trentaine de bornes depuis la gare RER de Joinville jusqu’à Paris.
Pour ma part, je fais une boucle depuis chez moi. Je vous recommande fortement de faire cette balade le dimanche, car les bords de Marne y sont interdits aux voitures quasiment toute la journée.
Allez, on se fait un peu peur dans la grosse descente de Joinville qui nous amène à son célèbre pont, premier contact avec la Marne, et point de départ de notre escapade du jour. Le ciel est bas, mais ça devrait vite se découvrir.
La Marne des guinguettes
Gégène, La Goulue, ou encore Chez Fifi : la Marne est indissociable de ces guinguettes où, dès le XIXᵉ siècle, les parisiens venaient en train depuis Bastille passer leur dimanche, à la recherche d’un peu de nature. On y mangeait des moules sur fond de vin blanc, on y « guinchait » et surtout, on profitait de la rivière.
Le « on » allant des voyous aux bourgeois, en passant par les ouvriers et les employés. Les guinguettes des bords de Marne étaient les championnes du brassage.

Autour ce étaient pas les maisons cossues d’aujourd’hui, mais plutôt des champs agricoles, et ce sont les mêmes embarcations qui transportaient les animaux en semaine qui baladaient les citadins le week-end.
Malheureusement les guinguettes, ces témoins du passé, ferment les unes après les autres.

Je n’en ai pas fait une seule cet été, mais l’été n’est pas fini .
La Marne PAVILLONNAIRE
Après le pont, nous prenons donc la Marne dans le sens de la marche, sur sa rive gauche, direction Paris. Les péniches somnolent au calme, le long des berges, au loin on distingue le joli pont bleu de Champigny qu’il nous faudra traverser pour récupérer la rive droite.
Cette première partie est plutôt pavillonnaire, mais de multiples petits chemins descendent jusqu’à fleur d’eau.

Si vous y descendez avec votre vélo, allez-y mollo car vous croiserez sans doute quelques randonneurs, des pêcheurs, et quelques photographes équipés de téléobjectifs capables de voir jusqu’à Marseille, à la recherche du moindre héron faisant sécher ses ailes. Il leur suffira d’un cygne, surtout un matin.


La grande boucle
Passé le pont de Champigny, nous rebasculons sur la rive droite. La Marne entame alors une énorme boucle, comme si elle voulait retarder au maximum sa rencontre avec la Seine.

Une boucle qui entoure presque complètement la petite ville de Saint-Maur-des-Fossés, dont La Varenne, où nous nous arrêterons plus loin, est aujourd’hui l’un des quartiers les plus prisés.


Contemplant la rivière, les maisons « Art Nouveau » témoignent de l’époque où Saint-Maur étaient une destination de villégiature pour les parisiens avec l’arrivée du chemin de fer.

Le chemin de halage, très bien aménagé, sépare les maisons d’époque d’une partie beaucoup plus sauvage.
Des îles aux noms évocateurs, l’Abreuvoir, les Gords ou encore Pissevinaigre, en clin d’œil au vin qu’on produisait autrefois sur les coteaux de Champigny, sont laissées totalement à la nature.

Cette partie des bords de Marne est aussi plus sportive : on croise pas mal de coureurs, de paddles, d’avirons et de canoës. Une petite paillote permet de se poser pour prendre un café, dans une ambiance presque caribéenne.

En quelques minutes le soleil finit par percer, et le ciel perd son caractère drama pour laisser place à un bleu sans grand relief.

Le marché de la Varenne
Si vous faites, comme je le re-recommande, cette balade un dimanche matin, arrêtez-vous au marché de La Varenne à Saint-Maur. Installé place Stalingrad depuis 1891. Le marché est devenu au fil du temps une véritable institution, comme on dit dans les guides respectables.

Parmi toutes les échoppes, le graal : je veux parler du stand antillais, avec ses accras, ses bouchons et ses boudins créoles. Alors les amis, ne vous la jouez pas ceinture noire de cuisine des îles quand vous allez passer commande, sinon la tata aux fourneaux va vite vous ramener à la réalité.

Le stand a du succès. Quand la vendeuse a vu que je patientais depuis un petit moment, elle m’a demandé ce que je pouvais bien attendre pour aller siroter un petit planteur. J’ai un peu minaudé que j’étais à vélo, blabla…., mais c’était vraiment mal joué et je suis passé loin de l’Oscar.
In fine, je me suis évidemment vite retrouvé à tout goûter.

Allez, on dévalise ce qu’il reste d’accras, une petite bouteille de rhum, quelques bouchons, et on retourne vers la rivière.

Le Chateau d’Ormesson
Plutôt une petite échappée qu’un simple détour, si vous avez un peu de temps devant vous, n’hésitez pas à quitter les bords de Marne vers Saint-Maur et à filer vers le château d’Ormesson, qui a ouvert au public cet été.
Le château, en briques et pierre de taille, a été visiblement transformé et agrandi au fil des années. Nous sommes accueillis à la bonne franquette et sans chichi, sans doute par des descendants des d’Ormesson, qui tiennent la billetterie.

Les d’Ormesson à la base, c’est la famille Lefèvre. Mais à force de bosser pour des familles puissantes, jusque pour le roi lui-même, et d’occuper des charges de plus en plus importantes, les Lefèvre vont s’élever socialement jusqu’à gagner leurs titres de noblesse.
Et avec ce nouveau statut, la famille va pouvoir s’offrir ce joli château, où viendront les Mme de Sévigné, Diderot et autres grandes figures de l’époque.

Les d’Ormesson vont occuper des postes proches du pouvoir, comme Olivier d’Ormesson, qui va sauver Nicolas Fouquet, dont nous irons bientôt visiter le château, de la peine capitale.
Le maréchal Grouchy également, que les amateurs de la période napoléonienne connaissent bien… Celui qui devait poursuivre les prussiens lors de la bataille de Waterloo afin de les empêcher de faire la jonction avec les anglais. On connaît la terrible fin…

Les amis, vous connaissez sans doute l’un des derniers célèbres descendants de la famille : Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Lefèvre d’Ormesson, aka Jean d’Ormesson. L’écrivain, qui nous a quittés il y a bientôt dix ans, a passé quelques week-ends et vacances dans le château familial. Il y a même reçu son épée d’académicien.


Dans les bras de la Seine
Dernière ligne droite en direction de Paris, les bords de Marne s’industrialisent un peu, mais sans véritablement perdre leur charme. Les magnifiques maisons d’époque ont laissé place à des pavillons plus ordinaires.

Le trafic fluvial est actif, et les péniches continuent de donner un ton bohème aux lieux. Le décor est désormais beaucoup plus urbain, même si le petit chemin qui longe l’eau, presque caché, traverse encore quelques espaces sauvages.
Le train traverse la Marne au même endroit que l’ancienne ligne de qui reliait Bastille à Marles-en-Brie, et qui a largement contribué à populariser les bords de Marne auprès des parisiens.

Et puis, presque sans prévenir, les eaux de la Marne viennent se mêler à celles de la Seine. On est au niveau d’Alfortville et de son étonnant complexe hotelier Chinagora inspiré de la cité interdite.


Si pour la Seine la vie continue, après un peu plus de 500 kilomètres de bons et loyaux services, l’aventure s’arrête ici pour la Marne, aux portes de Paris.
Je vous laisse découvrir l’arrivée sur Paris, en alternant les quais et les berges.

Nous nous arrêtons là pour aujourd’hui avec la Marne, mais nous devrions y retourner rapidement pour découvrir un château un peu secret, ainsi qu’un étrange jardin de sculptures.

Si vous souhaitez continuer avec cette belle rivière, je vous propose de repartir explorer les boucles de la Marne vers l’est
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A suivre… je ne sais pas encore les amis. Sans doute quelques escapades gratuites pour nous refaire un peu la cerise avant la rentrée.
Je vous emmènerai peut-être à Saint-Denis, un lieu qui a pas mal hystérisé le débat médiatique dernièrement. Ou bien nous irons balader dans le nord de Paris, autour du quartier populaire de La Chapelle.
Bon dimanche.
N.