Pour profiter de ce bel été qui s’annonce, nous allons enchainer des escapades oniriques et des sorties plus bohèmes. Pour agrémenter ce weekend prolongé du 14 juillet, je vous emmène découvrir un des endroits les plus magiques de Paris, bien lové au cœur du bois de Boulogne. Un lieu enchanteur et secret, et qui fait son possible pour que vous ne tombiez pas dessus par hasard.

Allez on enfourche son vélo pour ne pas trop avoir à marcher, direction le Jardin de Bagatelle, sa roseraie centenaire, ses pièces d’eau et sa petite folie issue d’un pari entre une reine et son beau-frère.

Quarante-cinq minutes pour traverser Paris puis le bois de Boulogne et rejoindre l’entrée secondaire du parc avec ses grandes grilles ciel et or. Le droit d’entrée est de moins de trois euros, on peut attacher son vélo derrière la guérite d’accueil.
Une histoire en toute frivolité
Alors c’est quoi l’histoire de ce lieu poétique, et d’où lui vient ce nom surprenant de Bagatelle ? Allez on remonte la pendule comme souvent, direction le premier quart du 18ième siècle (aka les années 1700) . Le domaine, grosso modo deux pavillons, est cédé au duc d’Estrées, un maréchal de France.

Sa libertine d’épouse a tôt fait de transformer le domaine en lieu de débauches et d’y organiser ses parties fines. Les invités y viennent pour la bagatelle, l’endroit est baptisé.

Le domaine va ensuite passer de mains légères en mains frivoles, jusqu’à tomber dans celles d’un autre amoureux de la bagatelle, le comte d’Artois, qui est aussi le frère du roi.
La folie d’Artois
Nous sommes en 1775, dans moins de quinze ans la révolution va tout emporter, mais à ce stade c’est le tout jeune et insouciant roi Louis XVI qui dirige pays. Le comte d’Artois a fait d’un Bagatelle délabré sa garçonnière, et la reine Marie Antoinette lui lance le défi de réhabiliter le lieu et d’y construire en moins de deux mois un château pour la recevoir .

Pari relevé, le comte d’Artois va mettre le paquet pour épater sa reine de belle sœur. Un budget sans limite, les meilleurs architectes et paysagistes, et près de 900 ouvriers qui vont travailler jours et nuits… 64 jours plus tard le comte peut accueillir la reine dans son nouveau château.

En plus de l’honneur d’avoir épater sa reine, le comte embauche les cent mille livres du pari. Alors j’ai trouvé un convertisseur en ligne qui vous donne le taux des vieilles devises en monnaie courante, cent mille livres c’est la « bagatelle » de deux millions d’euros.
A quoi peut bien servir un tel convertisseur ? A éclairer mon blog pardi…

Et puis la révolution, tout ce beau monde est chassé d’un domaine qui part à l’abandon. Le comte d’Artois le récupérera quand même pendant la restauration lorsqu’il va monter sur le trône sous le nom de Charles X, on a tendance à l’oublier les amis mais la monarchie a été rétablie à la chute de Napoléon.

British Style
Ce sont nos amis anglais qui vont récupérer et transformer cet ancien lieu de débauche en un jardin romantique qui n’aurait sans doute pas déplu à Lamartine, pour le petit clin d’œil sur notre dernière escapade à vélo. Entre autres Sir Richard Wallace que vous connaissez sans doute au travers des superbes fontaines en métal qu’on trouve un peu partout dans la ville, les fontaines Wallace.

Les britishs vont étendre et faire évoluer le domaine, mais tout cela coute cher et à un moment pus personne ne peut suivre ; le domaine repart à l’abandon et sera sauvé par la ville de Paris.

Un site enchanteur
C’est un certain Jean Claude Forestier, ça ne s’invente pas quand on est conservateur des parcs et jardins de Paris, qui va sauver le domaine au tout début du 20ème siècle en le faisant racheter par la ville et en le restaurant totalement. Aujourd’hui le parc fait partie des quatre pôles du jardin botanique de Paris avec l’Arboretum, le Parc Floral et les Serres d’Auteuil. Trois lieux que nous visiterons cette année.

Jardins, grottes, pièces d’eau, kioskes, cascades… l’endroit est idéal pour une après-midi au vert, pour fuir l’énergie de la ville ou la canicule, pour flâner en bonne compagnie ou encore juste soigner son Instagram.

Le paradis des Paons
Les habitants les plus majestueux des lieux sont indiscutablement les paons dont le craillement, « leeeooon » (je suis docteur en cri du paon), peut s’entendre à une lieue à la ronde.

Pour 10 euros ou une cigarette, ils vous feront une belle roue que vous pourrez même, après d’âpres négociations, poster sur votre mur.

Malheureusement il y a toujours quelqu’un pour aller les solliciter, et quand ils commencent à s’agacer ils partent se réfugier dans les arbres et deviennent même parfois agressifs.
La roseraie centenaire
La roseraie du parc est l’une des plus anciennes et des plus importantes du pays. Avec ses dix mille rosiers et plus de mille cinq cents variétés de plantes, elle propose une balade colorée qui flatte les sens. N’hésitez pas à coller votre nez, en espérant ne pas réveiller un bourdon qui sieste, car tous les produits phytosanitaires ont été bannis depuis longtemps.


Tous les ans le domaine organise le concours international de roses nouvelles, dont la première édition date de 1907, organisée par Forestier qui décidément aura déployé toute son énergie pour sauver le lieu. Les fleurs n’affichent pas un nom scientifique fleurant le mastère 2 de latin appliqué, mais des petits surnoms comme « Caprice », « Grand Siècle »….


Tout à fait Thai
Le domaine propose pas mal d’évènements, dont des concerts dans l’Orangerie plutôt tournés vers la musique classique. Il y a quelques semaines, la Thaïlande s’est invitée dans les jardins pour le festival « Tout à fait Thai »

Dans le but de célébrer les excellentes relations entre nos deux pays, l’ambassade de Thaïlande et la ville de Paris ont créé un petit village thaï, entre street food et danses traditionnelles



Un moment sympa même si comme souvent beaucoup de monde étaient de la partie. Le secret pour ce genre d’évènement, c’est d’arriver tôt et de partir avant que la foule ne rende l’endroit impraticable.

On en reste là les amis pour ce lieu onirique, qui rappelle un peu les arts forains par son coté dystopique, et qui souhaite tellement rester confidentiel qu’il n’a même pas un site web.

N’hésitez pas les amis à aller arpenter les 25 hectares bucoliques des jardins de Bagatelle, un lieu enchanteur qui permet aussi d’oublier un instant la situation insupportable à l’international, et qui rappelle la chance que nous avons de vivre dans un pays en paix et qui ne croule pas sous les bombes.
Si vous avez atterri ici par hasard n’hésitez pas à vous abonner.
Bon week-end prolongé
N.
2 commentaires
Merci poir la balade Nico !
Merci Manu 🙂