Si le monde du métal est en deuil avec la disparition d’Ozzy Osbourne, l’un des pères fondateurs, le rock lui est immortel, et ce weekend les légendaires Iron Maiden étaient de passage à Paris dans le cadre de leur tournée mondiale. Pour un fan de heavy metal, Maiden c’est le graal absolu, et quand le groupe célèbre en plus ses cinquante ans de carrière je ne pouvais pas manquer ça…

Direction la Defense Arena à l’ouest de la ville pour aller saluer la vierge de fer qui, à cinquante balais, n’a jamais semblé aussi fringante.
L’aéroport Arena
L’organisation préconise d’arriver aux alentours de 16h30 pour une première partie qui commence à 19h30 . Arriver trois heures avant c’est une blague, je me rebelle fortement et je me pointe vers… 17h30, et là c’est la surprise : une mer de t-shirts aux couleurs du groupe a déjà pris possession du parvis de la Défense.
Maiden a cette particularité que lors de leurs concerts les fans viennent sapés exclusivement en Maiden, se pointer avec un t-shirt d’un autre groupe et c’est le fashion faux pas.

Une petite heure à piétiner depuis la grande arche, puis la sécurité où j’ai toujours l’appréhension de me faire confisquer mon petit appareil photo, et nous pénétrons dans la fosse.
La plus grande salle d’Europe
Je ne connaissais pas cette Defense Arena, j’imaginais un petit Bercy mais l’amiga qui m’accompagne ce soir m’apprend sur le chemin qu’elle y va régulièrement pour assister à des matchs de rugby… Et effectivement j’avais tout faux, la salle est immense, en l’occurrence c’est la plus grande en europe. Pour ce deuxième soir de concert à la Defense Arena on attend encore énormément de monde pour accueillir le gang londonien.
Coté audience Maiden fait partie de ces groupes qui ont su renouveler son public. Il y a beaucoup de jeunes, beaucoup de filles, ça fait vraiment plaisir



L’incontournable bière dans un gobelet collector, le non moins incontournable passage à la boutique pour s’équiper du t-shirt de la tournée « Run For Your Lives ». Après essayage le verdict est sans appel : je repasse l’ancien… il va falloir sauter quelques apéros pour pouvoir porter ce nouveau t-shirt en toute dignité.

19h30 la salle est déjà bien remplie quand le groupe Avatar ouvre les hostilités. Un univers à la Orange Mécanique, un frontman charismatique et weirdo qui rappelle le Joker, le groupe suédois offre un set honorable malgré un son très limite et une scène beaucoup trop basse. Avatar sera au zénith en novembre, il n’est pas exclu que je sois du déplacement.
Puis c’est l’attente, entrecoupée de messages de l’organisation demandant de ne pas prendre de photos, on va essayer de ne pas abuser…
Iron Maiden sur le toit de Paris
Il est 21h lorsque la salle est brusquement plongée dans le noir et se retrouve aspirée dans les rues sombres de Londres, pendant que les amplis balancent le monumental « Ides of March ». Une plongée psychédélique dans les bas-fonds, et qui finit en face d’Eddie la mascotte du groupe : sorte de monstre qui apparait sur les pochettes de tous les albums.
Puis les premières notes de « Murder on the Rue Morgue » et le groupe fait son apparition sur scène tandis que l’Arena explose.

Les maitres du genre
Issue de l’imprononçable NWOBHM (new wave of British heavy metal) qui a sauvé le genre au début des années 80, le groupe a vu le jour dans la banlieue de Londres sous la houlette du bassiste et frontman Steve Harris. Iron Maiden s’est hissé tout en haut de la planète rock dès son incroyable premier album, et n’est jamais redescendu depuis.

Ce soir le groupe se présente dans son line-up de légende, seul le batteur Nicko McBrain manque à l’appel car il n’a plus la force pour ces tournées monumentales, c’est Simon Dawson qui a la lourde tâche de le remplacer.

Iron Maiden les amis, c’est les plus grands story tellers qui soient. Chaque compo vous raconte une histoire, vous embarque dans le passé, dans la mythologie, dans des mondes dystopiques où la réalité se mêle au fantastique, le tout saupoudré d’ésotérisme. Les textes de Iron Maiden ne souffrent d’aucun équivalent dans le monde du hard rock.

Et toujous le même flamme
La bonne nouvelle, c’est que ce soir le groupe n’est pas venu défendre un énième nouvel album mais fêter un anniversaire, et il a donc décidé de jouer ses plus grands tubes. Après cinquante ans de carrière ils en ont des incontournables en rayon, de quoi faire bien trois ou quatre concerts, mais c’est vrai que la setlist de ce soir est exceptionnelle.

Enter the risen Osiris, risen again »
Nous sommes vite rassurés, la flamme est toujours là. Dickinson harangue la foule, il court partout et monte fréquemment à l’étage avec un cardio impressionnant (il est champion d’escrime). Aux solos planants de Dave Murray répondent ceux plus groovys d’Adrian Smith, tandis que le fantasque Janick Jers fait le show, se délectant des miettes que les deux amis d’enfance veulent bien lui laisser.
De « Run to the Hills » au « Number of the Beast » en passant par « Powerslave » et les « Two Minutes to Midnight » de l’horloge de l’apocalypse, le groupe enchaine les compos d’anthologie. Bruce Dickinson prend la parole en français quasiment entre chaque morceau, il est francophile Bruce et il ne se gêne pas de le faire savoir.
Derrière sa batterie, Simon Dawson tient son rôle avec classe et en toute humilité, sans doute aussi avec la volonté de ne pas laisser penser qu’il veut faire oublier McBrain.

Un show hors norme
Si Maiden nous avait habitué à changer de décor sur chaque morceau, à l’ère du numérique ils se sont régalés : un immense écran plonge la salle dans l’univers de chaque compo.

In my dreams you’re always there »
L’étape du soir sera à l’honneur : le premier morceau va se jouer avec en toile de fond un Paris nocturne et brumeux, un peu ambiance Belphégor, et sur le « Phantom of the Opera » un immense rideau va s’ouvrir sur ce qui rappelle fortement l’escalier en marbre de l’opéra Garnier.
Mention spéciale sur le « Rime of The Ancient Mariner », un morceau de presque 15 minutes, inspiré d’un poème de Samuel Taylor Coleridge. L’animation qui accompagne ce bateau subissant la malédiction d’un albatros tué par l’un des marins est purement grandiose.
Au passage Dickinson a un peu chambré Anne Hidalgo, car l’albatros géant censé survoler le public lui a été refusé pour des raisons de sécurité.

Un léger break, et le groupe revient pour trois rappels dont les monuments « Fear of the dark » et « Wasted years », repris en chœur par une immense salle qui chavire.

Alors on va oublier la scène trop basse, la salle trop grande et le son parfois limite, on retiendra la magnifique prestation du plus grand groupe, à mon sens, de tous les temps. Deux heures d’un show incroyable, et on en aurait bien repris pour deux heures de plus.
Allez, on s’en fait un petit bout…
23 heures, Dickinson remercie la France pour son accueil, c’est promis Iron Maiden reviendra performer dans l’hexagone, et vu la forme du groupe je le crois volontiers.

Il va falloir une bonne heure pour pouvoir quitter les lieux, on se retrouve à piétiner épaule contre épaule mais tout le monde a le smile, avec le sentiment d’avoir vécu un moment unique.

Les amis, on en reste là avec ce concert hors norme de la vierge de fer, à suivre nous partons revivre le dernier voyage d’un immense peintre torturé.
Up the Irons !
N.
1 commentaire
Very informative. I appreciate the effort.