Après les ruines oubliés de Grottesco, notre quête des mondes oniriques nous emmène cette semaine au cœur de la plus vieille institution de France (et peut-être du monde) toujours en activité.
Direction l’hôtel de la Monnaie de Paris qui trône sur les bords de Seine face au Louvre, l’institution plus que millénaire héberge pour encore quelques semaines les œuvres de M. C. Escher, artiste génial connu pour ses gravures qui jouent avec nos sens et défient la logique, entre illusions d’optiques et constructions mathématiques impossibles.

On saute dans un métro, direction la station Louvre Rivoli puis on traverse le magnifique pont des Arts sublimé par un ciel des plus drama.

On emprunte alors (un comble quand on se rend à la Monnaie) le quai de Conti jusqu’à la belle façade néoclassique qui domine la Seine depuis plusieurs siècles.


Nous voici dans l’entrée, la sécurité demande dès l’entrée si nous avons nos billets car les amis sachez-le : Escher, comme tous les jours, affiche complet.
Nous allons commencer la balade par l’expo, puis nous irons découvrir l’institution dans la foulée . Nous grimpons le magnifique escalier d’honneur qui nous transporte vers le monde fascinant d’Escher.

M.C Escher, un graveur hors pair
Comme souvent avec les artistes contemporains, je n’avais jamais entendu parler de M.C Escher avant de mettre les pieds à cette expo. Il est vrai qu’une rétrospective consacrée à des gravures sur bois ne m’apparaissait pas de prime abord des plus sexy, je rangeais vaguement cela entre une collection de fragments de céramique mésopotamienne datant de la protohistoire, et une défenestration.
Et pourtant les amis ce que j’ai vu m’a bluffé, Maurits Cornelis Escher est un génie.

Un don pour les dessins
L’expo s’ouvre sur les premières années de l’artiste. Escher est né à la toute fin du 19ème siècle aux Pays Bas. Enfant fragile, médiocre dans ses études, il va enchainer les échecs. Mais seul lors de ses longues périodes de convalescence au bord de la mer du Nord, Escher va découvrir le dessin : une rencontre décisive.

Dans les années 1920, Escher va beaucoup voyager en Italie et en Espagne, où il va être fasciné par l’art islamique de l’Alhambra, et en particulier les tessellations : ce mot, pas facile à caser pour le Blue Monday lundi matin à la machine à café, désigne les formes qui s’imbriquent sans trous ni chevauchements et qui se répètent à l’infini.
Une obsession pour la géométrie
Le motif géométrique devient une obsession, et Escher va commencer à mélanger l’art et les mathématiques, transformant les formes en poissons, oiseaux, cavaliers… Et c’est la gravure qui finalement va le mieux répondre à son approche méthodique, mathématique et réfléchie.
Ci-dessous « Rencontre » : deux types d’homme se libèrent d’une tessellation qui les retient prisonniers et finissaient par se serrer la main, les optimistes avec la main levée, et les pessimistes au doigt tendu.

Dessiner c’est tricher
Passionné par les mathématiques, Echer va alors lors explorer des mondes irréels peuplés de métamorphoses, de paradoxes et de perspectives impossibles.
Même si notre expérience de la discipline se résume à un cœur ou à un « Allez l’OM » gravé sur un platane, on mesure ici la difficulté de la technique, et donc le talent exceptionnel de l’artiste. Je vous en partage quelques exemples, parmi les très nombreuses œuvres présentées, même si ca ressort moins bien en photo.

Lithographie, gravure, procédé de la manière noire…. Vous allez sortir incollable sur les différentes techniques de travail du bois. Une une ligne sur votre CV qui fera définitivement la différence face aux « lecture, cinéma et voyages » des autres candidats.


Comme souvent, l’artiste ne sera reconnu que juste avant sa disparition au début des années 70. Il aura principalement vécu de commandes passées par des particuliers et des agences de pubs.


Une expo ludique
Le scénographe a eu la bonne idée de mettre quelques attractions qui jouent avec les sens, dont cette boule où l’on vient remplacer Escher dans le reflet.
On va trouver également les incontournables salles dites « immersives ». Un concept tellement indispensable pour attirer le visiteur que même l’expo sur le Titanic, qui se tient en ce moment quelque part dans Paris, se présente comme immersive. Peut-être une blague du marketing.


Les amis, on en reste là avec cet hommage à Escher, un artiste exceptionnel. Pensez à réserver car l’expo est très populaire, vous avez jusqu’au 1er Mars 2026.
On sort de l’expo par la boutique, direction le musée de la Monnaie.
La Monnaie de Paris
Le complexe est balaise, nous traversons quelques cours pour localiser le musée qui va tout vous raconter sur la monnaie.
Et pour commencer on remonte un peu la pendule, direction le bas Moyen Age où l’on frappait la monnaie à l’aide d’un gros marteau, pour le plus grand bonheur des faussaires.
La plus vieille entreprise de france
C’est en 864 que Charles le Chauve, qui était à priori doté d’une chevelure abondante (les surnoms qui servent à distinguer les monarques portant le même prénom sont souvent symboliques, et adressent rarement l’aspect physique), décide de siffler la fin de la recrée. Désormais il n’est plus question que seigneurs et autres ecclésiastiques frappent la monnaie du royaume : cette prérogative devient exclusivement régalienne.

Au passage « régalien » vient de « royal » : qui incombe uniquement au Roi. Je ne sais pas si ces politiques, se disant prêts à mourir pour la république, et qui s’en gargarisent à longueurs de plateaux télé de ce « régalien », sont tous au courant de cette subtilité.

Le roi décide donc de créer neuf ateliers monétaires pour battre la monnaie, dont celui de Paris qui sera vite le premier du royaume, et le dernier toujours en activité.
La confection des pièces va se moderniser au fil des siècles, le musée hébergé dans le bâtiment vous raconte tout cela dans les moindres détails, sans oublier le rôle politique que joue la monnaie.

Aujourd’hui les euros émis par la France, ainsi que des pièces de monnaie d’autres pays, sont fabriqués dans l‘usine de Pessac qui appartient à la Monnaie de Paris.
Le site parisien frappe de son côté des pièces de collection ainsi que des distinctions officielles, comme la Légion d’Honneur. La Monnaie de Paris a d’ailleurs été récemment au cœur d’un bad buzz : chargée de la fabrication des médailles des Jeux olympiques de Paris 2024, elle a vu de nombreux athlètes retourner la leur, celle-ci se détériorant à vue d’œil.

Alors on peut se poser la question de l’avenir de la monnaie à l’époque de la grande digitalisation; pour certains pays la monnaie est même plus chère à produire que sa valeur marchande.
« Advienne que pourrave » comme j’ai pu lire tagué sur un mur, d’ici là je vous recommande d’aller saluer cette vénérable institution. Allez-y plutôt lorsqu’il y a une chouette expo, Escher ou celles à venir, car le billet de l’expo donne gratuitement accès au musée.
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Et comme Escher est tombé dans la marmite suite à sa visite à l’Alhambra, je vous emmène découvrir la forteresse rouge.
Bonne fin de week-end
N.
4 commentaires
Merci Nico pour cette double balade, entre mondes impossibles et pièces bien réelles. J’ai vraiment kiffé ta manière de raconter : cultivée, drôle et surtout hyper vivante. On a l’impression de marcher à côté de toi, le cerveau qui vrille un peu mais le sourire bien accroché (comme d’hab). J’espère qu’un jour tu m’embarqueras “en vrai” dans une expo, histoire de vivre la balade autrement… et qu’on puisse, qui sait, écrire un texte ensemble. Évidemment, je le passerai à ma sauce ! Encore merci pour le partage et le voyage. RK
Haha merci Raba ! Pour contribuer à mes articles c’est 1500 euros les dix lignes 🙂
Merci nico pour cette expo à l hotel de la monnaie qui me donne envie d y faire un saut fin février puisque je monte sur Paris. Grace a toi je suis toujours connectée avec le monde de l art. Bises
Merci Marie Claire ! On essaye de trinquer quand tu seras dans le coin