Une alternative à la Bretagne et à la Normandie ? Cette semaine, nous mettons le cap au Nord pour partir à la découverte de la Côte d’Opale, ce bout de littoral qui s’étire le long de la Manche, face à l’Angleterre.
Une escapade qui va nous emmener du grand port de pêche de Boulogne-sur-Mer jusqu’à Montreuil-sur-Mer, la ville où un certain Jean Valjean officia sous le nom de Monsieur Madeleine.

Un peu moins de trois heures de route depuis Paris et nous prenons nos quartiers à Boulogne-sur-Mer, au pied de la citadelle. Comme c’est ma seconde visite dans la région en deux ans, je vais proposer dans ce qui suit un mix de photos prises lors de mes deux passages.
Boulogne-sur-Mer
Nichée au cœur de cette fameuse Côte d’Opale, Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche de l’Hexagone, constitue un camp de base idéal pour partir explorer la région. Si la ville basse est résolument tournée vers la mer, changement d’ambiance sur les hauteurs, avec la citadelle fortifiée, une véritable pépite qui a miraculeusement échappé aux bombardements pendant la guerre, alors que le reste de la ville a été détruit à plus de 80 %.
La citadelle
Le temps de dropper les sacs et nous prenons la direction de la ville fortifiée. Nous sommes vendredi midi et la rue principale est plutôt calme. Entourée de remparts, la vieille ville est un petit entrelacs de vieilles ruelles pavées et de devantures d’époque.
Il se fait faim, la première terrasse qui propose des moules au Maroilles fera l’affaire. Il n’y aura pas à chercher bien loin les amis, quasiment toutes les adresses en proposent.

La Basilique Notre Dame
Après le déjeuner, direction la basilique Notre-Dame, immanquable avec son immense dôme qui domine toute la ville. Saccagées a de multiples reprises, elle sera finalement entièrement reconstruite il n’y a pas si longtemps.

Un large groupe de scolaires a investi les lieux, ils explorent en chuchotant le plus bas possible pour ne pas déranger, mais cela met malgré tout une touche de vie sur ces vieilles pierres.
Au passage, nous avons croisé beaucoup d’écoliers pendant l’après-midi. Je trouve ça plutôt sympa de les sensibiliser ainsi à leur patrimoine. Et surtout, ils sont quand même mieux ici qu’au milieu des coups de matraque et des tirs de LBD…

Si la basilique est intéressante, la véritable pépite se trouve là, juste sous nos pieds.
La Crypte médiévale…
La basilique est plutôt récente, mais la crypte médiévale qui court sous tout l’édifice a perduré et s’est même agrandie au fil des siècles. L’ambiance y est plutôt sombre. Avec tous les films chelous que je m’envoie régulièrement, il faudrait me payer assez cher pour que j’y passe la nuit.



Règle numéro un : pendant l’exploration, ne vous séparez pas ! Si quelqu’un que vous connaissez, mais qui n’a absolument rien à faire là, vous demande silencieusement de l’accompagner, si de plus il est livide et semble flotter… ne le suivez sous aucun prétexte !


Les amis, cette crypte est un incontournable de la ville, ne faites pas l’impasse. Allez on file faire le chateau.
Le chateau des comtes de Boulogne
Cet ancien château fort médiéval est la clé de voûte de la citadelle. Construit au 13ème siècle par Philippe Hurepel, comte de Boulogne et fils du roi Philippe Auguste, il héberge aujourd’hui le musée de la ville.

Au fil des siècles, le château passe des mains des comtes de Boulogne à celles des comtes d’Auvergne, qui vont parfois être les mêmes. Alors, je ne tomberai pas dans la facilité d’un « les bons comtes font les bons amis » : pour cause d’utilisation de l’IA, une place s’est libérée dans la course au Goncourt, et je me dois de mettre toutes les chances de mon côté !

Si vous êtes un peu short niveau timing, vous pouvez je pense vous contenter de l’extérieur, et garder le musées pour une prochaine visite. Au passage, il existe un billet combo chateau/musée + crypte.

Les amis, on a fait le tour des monuments de la citadelle, on descend voir la mer.
Le Front de Mer
Changement d’ambiance : la ville basse s’ouvre sur la Manche, dans le style de ces villes qui ont été très durement touchées pendant la guerre. Après le port nous découvrons la plage, et entre les deux une longue promenade où les promeneurs croisent familles et joggeurs, dans une ambiance un peu slow life. Ça nous repose de l’agitation parisienne.

La star du coin c’est Nausicaá, l’un des plus grands aquariums d’europe, Pas trop ma came, nous allons plutôt nous installer face à la mer, au pied de la digue, et profiter d’un magnifique soleil de début d’automne.

Une petite « pas IPA, mais presque » et là vous prenez un bon shot de zenitude, entouré de gens carrément chill, avec des conversation apaisées et une ambiance authentique.

Le soleil descend, on retourne finir la journée dans la vieille ville.
La soirée dans la vieille ville
Un autre incontournable reste la balade sur les remparts de la vieille ville au sunset. La promenade offre de jolis points de vue, à la fois sur la vieille ville et sur la ville basse. Et si comme moi vous n’êtes pas un big fan du tourisme de masse, vous devriez y trouver votre compte.

La citadelle est animée en ce début de soirée, les terrasses se remplissent dans une bonne ambiance du ch’nord.

Alors les amis, j’ai une règle que je pensais immuable : je mange toujours local quand je me balade. Mais là, manque d’inspiration, on tombe sur un resto africain qui semble tout neuf, le Comptoir des Remparts, et qui nous tend les bras.

Super accueil, carte orientée Sénégal avec l’incontournable mafé, le yassa avec ses oignons et ses épices, et le thiéb de poisson aux légumes.
Pendant le repas, un gars entre timidement et, me prenant pour le patron, demande poliment s’il peut prendre une bière. Pour qu’il vienne jusque-là avec tous les bars qu’il y a dans la rue, c’est qu’il doit être tricard un peu partout. Le patron le raccompagne gentiment à la porte.

Au final, un super choix, aucun regret d’avoir fait une entorse à la règle. Nous prenons congé dans la bonne humeur, et nous filons prolonger la soirée un peu plus bas, chez Monsieur Guy.
Nichée derrière la Cave de Monsieur Guy, la Grange de Monsieur Guy est visiblement le repaire de la citadelle, le genre d’endroit que je mets un point d’honneur à débusquer lors de mes escapades A chacun ses grandes missions, les amis !

Ici, on partage une planche, un verre, on refait sa journée ou le monde, en fonction du temps imparti. On y trouve tous les âges : les étudiants se mêlent aux actifs, le tout dans une atmosphère authentique que vous aurez plus de mal à trouver dans les stations balnéaires ultra-touristiques.

Une dernière IPA, ces bières Indian Pale Ale dont la légende raconte qu’elles étaient particulièrement houblonnées pour mieux supporter le long voyage jusqu’aux Indes britanniques, le houblon jouant notamment un rôle dans la conservation de la bière.

Une excellente première journée. La citadelle termine tranquillement sa soirée, tandis que les fêtards qui souhaitent prolonger vont rejoindre la ville basse, où je me rappelle d’une rue particulièrement animée.
Demain, c’est la balade le long du littoral.
La balade des deux caps
Après la Côte d’Émeraude cet été, nous restons dans les pierres précieuses avec cette Côte d’Opale qui doit son nom à un artiste local, Édouard Lévêque, qui voulait évoquer la lumière changeante du littoral.
Ce ruban de terre qui longe la Manche et fait face aux côtes anglaises, bien visibles à certains endroits, est un peu la Riviera de nos amis du Nord. Les petites stations balnéaires et les ports de pêche succèdent aux longues plages, dunes et falaises.

Nous prenons la route en suivant la Manche vers le nord. L’avantage de cette arrière-saison, c’est qu’on peut assez facilement se garer et se rapprocher de la mer. Trouver une place est beaucoup plus sportif pendant l’été.

Après un stop sur la palette de couleurs et les dunes d’Ambleteuse, onattaque les caps.
Le cap Gris-Nez
Peut-être l’un des endroits les plus spectaculaires de la Côte d’Opale. Le cap Gris-Nez est le point de la côte française le plus proche de l’Angleterre. Nous sommes accueillis par les moutons Boulonnais, qui participent à l’éco-pâturage et à l’entretien des espaces naturels.

Le « nez » fait référence à cette avancée de terre qui plonge dans la Manche, tandis que le « gris » évoque tout simplement la couleur des falaises. Nous croisons ici nos premiers touristes : pas mal d’Anglais, quelques Allemands, sans doute aussi quelques Néerlandais.
Sur un chemin, une jeune femme au téléphone. Agacée, elle raconte qu’elle a proposé de « lui » raconter ce qu’elle faisait dans la vie, de « lui » montrer ses massages énergisants… Mais que « lui » a finalement répondu que, s’il avait le choix, il préférait sortir prendre un verre. Les hommes sont universels, les amis !

Des points de vue sont aménagés le long des falaises. Ils permettent d’admirer le littoral, mais aussi d’observer le ballet incessant des bateaux qui se succèdent au large : cargos, méthaniers, porte-conteneurs… à destination du sud de l’europe, des ports de la Manche et de la mer du Nord.
Malgré le ciel bas, nous distinguons nettement les côtes anglaises, bien mieux que lors de mon dernier passage, en plein été et sous un grand ciel bleu.

Le ciel se charge, on file déjeuner à Wimereux.

Wimereux
Station balnéaire emblématique du coin, Wimereux s’est développée à la Belle Époque et a su conserver son charme rétro. Les façades colorées, leurs bow-windows, leurs balcons et leurs petites « customisation » architecturales, donnent à la ville un vrai cachet.
Côté prononciation c’est au choix, ce sera « huimereux » si vous êtes local, « ouimereux » si vous êtes flamand, ou sans doute « vimereux » pour les bobos parisiens.



Selon l’heure et la marée, vous aurez au pied de la digue une grande plage de sable, ou bien des vagues qui viennent s’y écraser.

Les restos ont tendance à se remplir vite, nous optons pour l’une des institutions qui fait face à la mer. Accueil très sympa malgré le coup de feu, et ce sera un énième plat de moules au Maroilles, ce fromage qui n’est finalement pas si fort, mais qui peut quand même ruiner votre appart pendant quelques jours si vous le cuisinez.
La serveuse très « école hôtelière », et qui porte un magnifique t-shirt Metallica. Le serveur qui nous explique qu’il mettra le pourboire dans la tirelire qui servira à payer les cours de plongée de sa copine lors de leur escapade à Madère. Une station balnéaire, mais avec une âme.

Je ne l’ai pas fait cette fois, mais je vous recommande d’y passer un soir au coucher de soleil, la lumière est plutôt sympa.
Allez on reprend la route, direction l’autre cap.
le Cap Blanc-Nez
Plus haut que son alter ego, le cap Blanc-Nez impressionne par ses grandes falaises de craie blanche. Depuis le sommet, le cap offre un panorama à 180 degrés, du cap Gris-Nez jusqu’à Calais, avec, au loin, les côtes anglaises.


Nous retrouvons certaines des personnes croisées ce matin au cap Gris-Nez. Randonneurs, touristes, photographes, marcheurs sportifs… Chacun profite du site à sa manière. Certains s’installent simplement face à la Manche, et prennent le temps.


On en reste là pour cette balade entre les deux caps. Je vous laisse découvrir Wissant, Audresselles, Équihen-Plage et autre Hardelot, qui complètent ce bout de Côte d’Opale.
Il est temps de filer à Montreuil terminer notre périple nordiste.
La ville de Mr Madeleine
Alors, que vient faire Montreuil là-dedans ? Je ne parle pas du Montreuil qui touche Paris et où nous nous baladons régulièrement sur ce blog, mais de Montreuil-sur-Mer, paradoxalement située un peu dans les terres.

Une petite heure de route depuis le cap, avec un stop pour visiter le château d’Hardelot, et nous prenons nos quartiers dans la ville haute, dans un hôtel installé dans la plus vieille maison de la ville.
Les Hauts de Montreuil
L’hôtel des Hauts de Montreuil, avec ses chambres à l’ancienne dispersées aux quatre coins de la bâtisse, et son restaurant haut de gamme, Le Patio, qui affiche bien sûr complet.
Le temps de dropper les sacs, et nous partons explorer la petite ville fortifiée.

Alors pourquoi Montreuil-sur-Mer ? Je lis peu les amis, mais il y a deux écrivains pour qui lesquels pas mal d’admiration, et qui je trouve se rejoignent sur leurs digressions : Frédéric Dard, alias San-Antonio, avec lequel j’ai quelque part appris à lire, et l’immense Victor Hugo.

Les Misérables
Dans Les Misérables, le chef-d’œuvre de Victor Hugo, nous suivons la vie de l’ancien forçat Jean Valjean. Et c’est ici, à Montreuil-sur-Mer, que commence une partie importante de sa nouvelle vie. Recherché par la police, il devient un industriel prospère, puis est élu maire de la ville sous le nom de Monsieur Madeleine.



C’est également à Montreuil qu’il va croiser Fantine, une jeune femme réduite à la misère après avoir perdu son emploi et séparée de sa fille Cosette, confiée aux terribles Thénardier. Lorsque Fantine tombe gravement malade, Mr Madeleine lui promet de retrouver Cosette.

C’est toujours à Montreuil-sur-Mer que Mr Madeleine assiste à l’accident d’un vieil homme qui se retrouve coincé sous sa charrette. Il se glisse sous l’attelage et le soulève pour libérer le malheureux, sous les yeux de l’inspecteur Javert qui ne connaît qu’un seul homme capable d’une telle force : l’ancien bagnard Jean Valjean…
Et voilà les amis, ce détour c’est aussi pour marcher dans les pas d’un des plus grand héros de la littérature française.
Soirée mood Chti
Je suis agréablement surpris par l’animation de la ville haute, je m’attendais, hors saison, à trouver une citadelle un peu déserte. Après avoir fait le tour de la place principale, nous optons pour le Caveau, un restaurant typique du Nord, installé dans une cave voutée.
Comme partout précédemment, l’accueil est sympa. La terrasse se remplit très vite, avec un mélange d’habitués et de touristes de passage. Une ambiance authentique, avec des plats dont la serveuse nous affirme qu’ils sont cuisinés avec amour… et je la crois !


La carte est écrite sur un cahier d’écolier, ce qui me rappelle au passage une excellente soirée far away, à Lourmarin en Provence.

Choix local, l’incontournable welsh complet : une tranche de pain grillé et une tranche de jambon, recouvertes de cheddar fondu, mélangé avec de la bière et de la moutarde, puis passées au four. On y ajoute un œuf sur le dessus.
Alors ça tient au corps les amigos, celui là était magnifique.

Une seconde très belle journée nordiste.
La promenade des remparts
Dimanche matin, la citadelle a du mal à se réveiller. On a perdu un peu de l’animation de la veille. C’est souvent le marché qui rassemble les habitants dans ces villes à taille humaine, mais le marché c’était hier samedi.


Direction les remparts ! La balade est vraiment sympa. Ici, pas de barrière pour vous séparer du vide, ce qui donne à la promenade un agréable sentiment d’espace et de liberté.

J’imagine au passage qu’il a bien dû y avoir quelques personnes qui, après un verre de trop ou simplement en pleine nuit, ont fini une dizaine de mètres plus bas…
La brume du petit matin pose sur la vallée une ambiance « forêt elfique » un peu à la Tolkien.

Trois kilomètres de fortifications qui offrent des points de vue sur les toits de la ville, mais aussi sur la vallée de la Canche, les champs et les petits villages alentour.

Le soleil a fini par percer. Un dernier café au troquet du coin, où ça cause de Zidane à la tête des Bleus comme de la visite du Pape, et même en anglais : il faut dire qu’il existe une proximité entre ce littoral du Nord et l’Angleterre toute proche.
Et il est déjà temps de reprendre la route vers Paris.

On en reste là les amis avec cette escapade sur la Côte d’Opale, j’espère vous avoir donné l’envie d’en savoir plus sur cette région authentique. Peut être aussi l’envie de lire ou relire « les Misérables », un livre intemporel sur la justice, la misère, l’amour, la rédemption, la révolution.. sur l’humanité.
À suivre, les amis : la visite de l’atelier d’un sculpteur incontournable, une balade à vélo le long de la Marne jusqu’à un étrange jardin, et une petite escapade, cette fois de l’autre côté de la Manche !
Bonne fin de week-end.
N.