Depuis la fermeture de Beaubourg pour quelques annĂ©es, lâart contemporain vous manque horriblement. Un mal qui vous ronge, vous coupe lâappĂ©tit, vous entraĂźne dans dâinterminables insomnies au cours desquelles vous enchaĂźnez les allers-retours entre votre lit et votre canapĂ©, espĂ©rant trouver sur Netflix la mauvaise sĂ©rie qui vous accompagnera jusquâau petit matin.

Pas de panique, jâai lâantidote les amis. CachĂ© au cĆur de la ville de Vitry, au sud de Paris, le MAC VAL vous tend les bras. Le MusĂ©e dâart contemporain du Val-de-Marne est le seul musĂ©e Ă ĂȘtre exclusivement consacrĂ© Ă la scĂšne artistique en France depuis les annĂ©es 50.Â

Le temps de sauter sur le vĂ©lo car le temps est idĂ©al, de faire un dĂ©tour par Gentilly rĂ©cupĂ©rer des amigos, et nous voilĂ Ă lâheure du dĂ©jeuner devant les ports du MAC VAL.
Le Monde en Marche
Le Monde Marche, câest le nom du restaurant du musĂ©e, un Ă©tablissement ouvert sur les jardins qui propose une carte franchement hyper travaillĂ©e pour le prix dâune brasserie parisienne lambda.
Moi qui choisis habituellement des produits bruts, Ă peine travaillĂ©s, jâai optĂ© lĂ pour des gnocchis de potimarron, crĂšme de chĂšvre au miel et cidre de Normandie, amandes et espuma dâĂ©pinards Ă lâail (oufâŠ)

Je nâai pas forcĂ©ment compris tous les ingrĂ©dients, mais jâai Ă©tĂ© bluffé⊠Bravo au chef Julien AĂŻt Mohamed ! On dĂ©jeune juste Ă cĂŽtĂ© dâune tablĂ©e extrĂȘmement lookĂ©e. Je comprendrai plus tard quâil sâagit des artistes et du directeur de lâexposition. Les futurs tĂ©moins dâun grand moment de solitude.
Allez, on essaye de quitter nos chaises, et direction les collections.
Ironie du sort, lâexposition temporaire de SMITH « Ici grand ouvert » est⊠fermĂ©e jusquâĂ nouvel ordre suite Ă la tempĂȘte qui a frappĂ© le sud de Paris il y a quelques semaines. On se rabat sur lâaccrochage permanent.

Le Genre Ideal
Alors, lâart contemporain kezako ? Si on sâen tient Ă une dĂ©finition un peu officielle, on parlera grosso modo dâart moderne pour les Ćuvres produites entre 1850 et 1950, puis dâart contemporain pour celles rĂ©alisĂ©es de 1950 Ă nos jours.
Lâart Contemporain
Mais les amis, si toutes les Ćuvres rĂ©centes Ă©taient automatiquement de lâart contemporain, ça se saurait !

Je nâai pas trouvĂ© de dĂ©finition satisfaisante. Mais de ce que jâai pu comprendre, lâart contemporain cherche avant tout Ă nous faire regarder le monde autrement. Il doit nous interpeller, nous provoquer, nous faire rĂ©flĂ©chir ou simplement nous questionner.
Alors les amis, certaines mauvaises langues diront que, dans une expo dâart contemporain, on se demande parfois si lâextincteur posĂ© dans le coin de la piĂšce ou la gaine dâaĂ©ration en travaux ne font pas partie de lâĆuvre.

Pour ma part, jâaime beaucoup lâambiance dĂ©calĂ©e et provocatrice des Ă©vĂ©nements dâart contemporain. Je suis aussi assez fan de street art, et je trouve que les deux univers tendent de plus en plus Ă se rejoindre.
Le Genre Idéal
Pour ses 20 ans, le MAC VAL a imaginĂ© un nouvel accrochage et sâamuse avec une vieille classification de lâhistoire de lâart : nature morte, paysage, scĂšne de genre, portrait et peinture dâhistoire.
La visite est agrĂ©able, mais ne faites pas comme moi les amigos : nâoubliez surtout pas vos lunettes ! Car, comme souvent avec lâart contemporain, il faut bien lire les explications.

Ici, un monochrome bleu. On lit le cartel et on dĂ©couvre quâil sâagit en rĂ©alitĂ© dâune photo prise en profondeur dans la mer des Philippines, ce qui explique cette couleur assez inhabituelle.

LĂ , dâĂ©tranges traces dessinent une forĂȘt fantomatique. On plisse les yeux pour tenter de dĂ©chiffrer le petit texte qui accompagne lâĆuvre et on dĂ©couvre quâelles sont le rĂ©sultat de lâĂ©rosion dâune feuille de silice, aprĂšs le ruissellement de lâeau qui y a laissĂ© son empreinte.

Et dans ce coin, un frigo sur des skis⊠Je ne vous spoile pas plus lâexpo les amis, on file assister Ă des Ă©changes entre les artistes et le public.

Arrive alors le moment de gĂȘnance⊠Une jeune fille me presse de rentrer dans une salle car la performance va commencer. Je mâinstalle Ă la va vite sur un strapontin, le commissaire de lâexpos prĂ©sente le projet, et lĂąche soudainement un « nous sommes lĂ pour deux heures» qui me met immĂ©diatement en alerte maximale.
SĂ©ance Acteur Studio les amis. Je fais mine dâĂȘtre mal assis, remets discrĂštement le strapontin Ă sa place, et me cale dans lâouverture de la grande entrĂ©e.

Le micro passe Ă une autre personne pour une lecture. La dame balaie longuement lâassistance du regard, puis lance soudain un « Ne dĂ©sespĂ©rez pas ! » assassin..
Assassin car je sens monter un Ă©norme fou rire alors que jâai face Ă moi une bonne partie de lâassistance. Jâai les yeux qui se brouillent, je comprends quâon est dans la catĂ©gorie des incontrĂŽlables et quâil va vite falloir se carapater.

DeuxiĂšme sĂ©ance Acteur Studio : je tourne la tĂȘte sur le cĂŽtĂ© comme si quelquâun me parlait, je fais un petit pas chassĂ© et hop, je disparais⊠Je retrouve les amigos dans le jardin pour leur raconter la mĂ©saventure, jâen rigole encore.
Alors je présente de plates excuses⊠les échanges étaient certainement trÚs bien, mais malheureusement les fous rires ça ne prévient pas.


On remonte sur les vĂ©los et on quitte ce chouette musĂ©e du MAC VAL, que je vous encourage vivement Ă aller saluer, sans oublier dây dĂ©jeuner.
Direction Paris pour aller boire un verre sur les quais, avec au passage un petit détour par un lieu comme je les aime : les Frigos.
Les Frigos
Nous traversons Vitry, puis une partie dâIvry, pour rejoindre la Seine en amont de Paris, dans un secteur plutĂŽt industriel mais qui ne manque pas de caractĂšre. Nous faisons alors une halte dans un lieu historique, et qui traverse aujourdâhui une pĂ©riode compliquĂ©e : les Frigos.

La Compagnie CEGF
Nous sommes Ă la sortie de la Grande Guerre, 1914-1918 pour ceux pour qui les cours dâhistoire sont loin. Le train sâest considĂ©rablement dĂ©veloppĂ©, et les produits affluent Ă Paris depuis toute la France.
Pour stocker les denrĂ©es pĂ©rissables, on construit alors un immense entrepĂŽt frigorifique exploitĂ© par la Compagnie dâEntreposage GĂ©nĂ©rale du Froid, un immense edifice sous lequel les trains peuvent littĂ©ralement sâengouffrer pour venir dĂ©charger leur cargaison.


Dans les annĂ©es 1970, lorsque lâactivitĂ© cesse car les Halles sont transfĂ©rĂ©es Ă Rungis, lâimmense entrepĂŽt, laissĂ© Ă lâabandon, est rapidement investi par une colonie dâartistes. La SNCF, commence alors Ă louer les diffĂ©rents espaces, qui prennent progressivement la forme dâateliers.
Ces nouveaux occupants entreprennent eux-mĂȘmes les travaux de rĂ©habilitation de cet immense bĂątiment, alors quasiment en ruine. Peu Ă peu, ils transforment les anciens espaces frigorifiques en ateliers, logements et lieux de crĂ©ation, donnant naissance Ă un vĂ©ritable lieu de vie artistique.

Aujourdâhui, ce sont une centaine dâateliers et de crĂ©ateurs : cĂ©ramistes, comĂ©diens, costumiers, plasticiens, rĂ©alisateurs, sculpteurs⊠qui occupent les lieux. Mais leur avenir est fragile : le bĂątiment est fortement dĂ©gradĂ© et le quartier connaĂźt un profond renouvellement urbain.
Dans un secteur oĂč le foncier vaut de lâor, on peut imaginer que certains rĂȘveraient de mettre tout cela par terre pour bĂątir de beaux immeubles bien rentablesâŠ

Ces lieux sont de vĂ©ritables territoires de lâart, et jâespĂšre sincĂšrement que lâĂtat ou la Ville sauront les sanctuariser. Le combat est noble : dĂ©fendre les artistes, et donc notre patrimoine, face Ă la spĂ©culation immobiliĂšre.

Direction les quais de Seine pour terminer cette chouette escapade. Au pied de la bibliothĂšque François-Mitterrand, les pĂ©niches-bars ont sorti des terrasses qui vous font timidement de lâĆil.
Les quais de Seine
Une invitation à laquelle il serait criminel de résister. A part le Bateau Phare qui balance une électro un peu malvenue, il rÚgne sur les quais une agréable atmosphÚre de slow life, parfaite pour finir tranquillement la balade.


On se pose Ă la pĂ©niche El Alamein, un nom plutĂŽt Ă©trange pour une pĂ©niche oĂč venir chiller ! El-Alamein est en effet lâune des grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale, qui a vu le britannique Montgomery triompher de lâAfrika Korps du redoutable gĂ©nĂ©ral allemand Rommel, le fameux « renard du dĂ©sert ».
Au dessus de nous, un ou une équilibriste essaie tant bien que mal de se balader sur un fil entre les bùtiments de la bibliothÚque.


On en reste là les amis pour cette découverte du MAC VAL. Vous trouverez toutes les informations sur le musée ici macval.fr et sur son resto là lemondeenmarche
Si vous ĂȘtes en mal dâinspiration pour le week-end, sachez que le Carnaval de Montmartre est de retour. Dans un tout autre genre, les Ateliers de MĂ©nilmontant ouvrent leurs portes au public, je lâavais fait il y a deux ans et câĂ©tait plutĂŽt sympa.
Et si vous voulez retomber en enfance, les Playmobil sâexposent (et se vendent) Ă Drouot, au bĂ©nĂ©fice dâenfants malades.
Je vous souhaite un excellent weekend.
N.