J’ai hésité à écrire un article sur Hanami (« regarder les fleurs » en japonais) car j’imaginais déjà une orgie de cerisiers frôlant l’indigestion sur les réseaux, mais ce weekend on a eu droit à la place à un tsunami de starters packs, ces figurines générées par le moteur d’IA ChatGPT.
Alors pour échapper un peu à cette invasion de cartoons 3D, je vous propose de sauter sur un vélo et de filer au Parc de Sceaux faire une promenade bucolique au milieu de cerisiers en pleine floraison.

Pour rejoindre le parc de Sceaux depuis Paris on peut emprunter les nombreuses pistes cyclables qui suivent les grands axes, ou bien opter pour la Promenade des vallons de la Bièvre, une coulée verte protégée des voitures qui descend jusqu’à Massy.
La coulée verte est très sympa, si vous n’avez pas un vélo à assistance électrique vous risquez d’avoir les cuisses qui chauffent un peu car c’est une succession de côtes et de descentes.

Le domaine de Sceaux
Grand comme huit fois les jardins du Luxembourg, le parc de Sceaux est une immense oasis au coeur d’une banlieue sud de Paris fortement urbanisée. Il est accessible en transport, mais en ce samedi ensoleillé nous avons opté pour une sortie à vélo beaucoup plus agréable. La bonne nouvelle c’est vous pouvez utiliser votre vélo à l’intérieur du parc, ce qui permet de réduire les distances pendant l’exploration.

Comme d’hab je vais un peu gratter le sujet et on se fait un petit tour du propriétaire.
Le domaine de Colbert
Le premier VIP à poser ses valises à Sceaux est Jean Baptiste Colbert, sans doute le ministre le plus important du Roi Soleil. Colbert a pris soin d’éliminer Fouquet que vous connaissez si vous avez eu l’immense chance de lire l’article sur Vaux le Vicomte (mon château préféré), histoire de prendre sa place aux finances.

Colbert est connu pour avoir théorisé ce dont tout le monde se doutait un peu : un royaume est d’autant plus fort que ses caisses sont pleines. Pour cela il était partisan d’une mainmise forte de l’état sur l’économie et le commerce extérieur.
Il est également suspecté d’avoir incubé le terrible Code Noir, cet édit royal qui légifère sur l’esclavage, et donc le légalise et l’officialise. Si vous croisez une statue dont le visage ne vous dit absolument rien et qui a été arrosée de peinture rouge, c’est sans doute Colbert.

Lorsqu’il fait l’acquisition du château, Colbert confie la conception du parc à la rock star absolue des jardins: le paysagiste André Le Nôtre (Versailles, Chantilly, Vaux le Vicomte…). A cette époque, si tu fais partie de la cour et que tu ne possèdes pas un domaine dessiné par Le Nôtre, tu as un peu loupé ta life.

Colbert et après lui son fils vont agrandir et transformer le domaine, puis le château de Sceaux va passer entre les mains de celle qui se surnomme la guêpe: la terrible Duchesse du Maine.
La punk duchesse du Maine
La guêpe, car petite mais vive elle est capable de donner les pires souffrances. Elle a tout Louise Bénédicte, elle est belle comme un cœur, intelligente, douée dans tous les domaines, mais elle a épousé un fils illégitime de Louis XIV, autant dire un gars sans grand avenir politique.

Alors elle enrage Louise Benedicte, elle le pousse son duc de mari, elle le menace, le violente, l’humilie… Mais rien n’y fait, du coup pour tromper son ennuie elle va créer sa « petite cour de Sceaux » qui va attirer la crème, les Montesquieu, d’Alembert et autre Voltaire.

Insomniaque et ne supportant pas de rester seule, la duchesse va organiser des fêtes mémorables dans un excès absolu : musique, bals masqués, théâtre, illuminations, feux d’artifices… des fêtes qui raisonnent encore comme les « grandes nuits de Sceaux ».

Mais elle rumine et n’a toujours pas renoncé à briguer le pouvoir, aussi la belle duchesse va envoyer le tapis et comploter contre le roi au point de se retrouver un temps derrière les barreaux.
Un sacré numéro la guêpe, elle finira tranquillement ses jours en dirigeant sa cour tout en rêvant qu’elle mène la France.

Jean-Baptiste Colbert et Louise-Bénédicte de Bourbon, deux salles deux ambiances, mais entre l’homme d’état qui théorise et la duchesse punkette qui terrorise je vous laisse deviner où va ma sympathie.
Allez il est grand temps de filer sous les cerisiers.
Hanami
Une heure de vélo depuis Paris, le château, les parterres de Le Nôtre, puis nous descendons sur le grand canal rejoindre le bosquet nord et ses 140 cerisiers en fleurs où beaucoup de monde s’est donné rendez-vous afin de célébrer Hanami.

Véritable rituel au Japon, la fête millénaire d’Hanami consiste à se retrouver à chaque début de printemps sous les cerisiers en fleurs, symboles de la beauté éphémère et du renouveau.

Possédant un véritable trésor avec ces presque deux cents cerisiers, le domaine de Sceaux invite à venir participer à la fête, message reçu bien au-delà de la seule communauté asiatique. La culture nippone est à la mode, et il avait donc beaucoup de monde ce samedi pour pique-niquer sous les magnifiques sakuras roses et blancs.

Les amis, si vous voulez échapper à la foule allez-y tôt le matin car dès midi les places se font rare sous les cerisiers, de notre côté nous avons préféré déjeuner près du grand canal .

Le domaine organise des animations autour de Hanami, avec entre-autres des danses et contes japonais, des lectures de haikus ces poèmes nippons de trois vers, des démonstrations de tambours et des blind tests de génériques d’animés à la gloire d’Actarus. On peut également écrire ses voeux et aller les accrocher aux branches des cerisiers pour mettre toutes les chances de son côté.

Les amis, si vous souhaitez vérifier si les dieux se cachent dans les branches des sakuras, comme le pensaient les paysans japonais du moyen age, vous avez encore environ deux semaines avant que les fleurs ne tombent comme la neige.

Pour clôturer la semaine on aura droit à un weekend à rallonge, je vous colle quelques idées sorties :
- On reste dans la culture nippone pour trois jours de Salon Fantastique au Parc Floral où l’on se croisera peut-être.
- Une immersion dans le monde du Petit prince à l‘Atelier des Lumières
- Aller chiller dans un nouveau tiers lieu, le Jardin de Traverses, qui viennent d’ouvrir sur la petite ceinture entre les portes de la Chapelle et de Clignancourt.
Mata aimashô
N.
2 commentaires
Argato gozaimasu nico san, honneur pour le temps d hannami et le rappelle sur l histoire du parc de sceaux.
Mata arishu
Merci Marie Claire, bizzz @ bientôt