Après le mystérieux désert de Retz, nous partons cette semaine découvrir un autre site insolite mais cette fois tout au sud. Je profite d’une visite éclair dans mon sud natal pour improviser une échappée colorée au cœur de notre Colorado provençal.

Les amis nous voilà partis pour une balade entre cinquante nuances de rouges, sous le regard de Dame Sermonde que je vous présenterai plus loin.
Roussillon
Une heure à enchainer les lacets depuis Aix sur une route pour laquelle il ne vaut mieux pas être sujet au mal des transports, et nous voilà à Roussillon, étape incontournable de toute visite du Luberon qui se respecte.

Le Luberon, dont la prononciation (Lubéron ou Lubeuron) est l’objet d’une guerre fratricide plus enragée qu’en Ukraine, est un magnifique parc naturel situé au cœur du Vaucluse dans l’arrière-pays aixois. Avec ses paysages de lavandes et d’oliviers, ses monts et ses forêts de pins, il héberge également des villages perchés parmi les plus beaux du pays, dont Roussillon notre étape du jour.

A peine garé il se fait faim, les meilleurs restos sont étrangement fermés et nous nous rabattons sur les moins mal notés (j’ai beau être contre la société du « tous notés », pour les restos je n’arrive pas encore à ne pas me renseigner).
Le premier nous annonce qu’il est en sous-effectif et nous demande de revenir dans une heure pour pouvoir prendre soin de sa clientèle en cours. Le second s’empresse de nous accueillir et nous installe, puis nous ignore gentiment pendant une heure car il est visiblement en sous-effectif, et souhaite probablement prendre soin de sa clientèle en cours.


Déjeuner à peine expédié et déjà oublié, nous partons pour une petite balade colorée dans un village qui porte bien son nom, où les volets pastel tranchent avec les oranges et les rouges des bâtisses.
Mais c’est quoi tout ce roux ? La faute à l’ocre qui abonde tout autour, ce sable éclatant qui donne un pigment naturel utilisé dans beaucoup de cultures.

Roussillon a longtemps vécu de la production de l’ocre, avec même un âge d’or, jusqu’à ce que les colorants synthétiques remplacent les naturels, et que les carrières commencent à fermer au début du 20ième siècle

Mais la bonne nouvelle, c’est qu’un siècle après on peut retourner s’y balader.
le Sentier des ocres
Nous quittons le village par le sentier des ocres qui, comme son nom l’indique, nous transporte au cœur des anciennes carrières d’ocres du village.

La Légende de Dame Sermonde
Pour connaitre l’origine de l’ocre il faut remonter au Moyen Age, à l’époque des Comtes de Provence. Le cruel Raymond d’Avignon, seigneur de Roussillon, délaisse son épouse qui s’ennuie fortement, jusqu’à tomber dans les bras d’un jeune troubadour, Guillaume de Cabestan.

Dame Sermonde et le jeune artiste vivent leur passion secrète, jusqu’à ce que le terrible Raymond l’apprenne. Il emmène alors le troubadour à la chasse, le tue, fait préparer son cœur par son meilleur cuisinier et le sert à Sermonde qui s’en délecte.

Lorsqu’elle comprend qu’elle vient de manger le cœur de son amoureux, la belle prend poliment congé, grimpe tout en haut des murailles et se jette dans le vide. Son corps ensanglanté dévale la colline et colore la terre à jamais, les ocres de Provence sont nées.

Une petite demi-heure d’une balade pigmentée, puis nous laissons derrière nous le destin tragique de Dame Sermonde pour aller rejoindre l’autre spot coloré du coin, Rustrel. Le fameux Colorado Provençal que même les indiens navajos nous envient.
Rustrel, le Colorado provençal
Alors y aura toujours des cartésiens qui viendront challenger l’histoire de Dame Sermonde, ces mêmes qui disent que lorsque les tables décollent c’est forcément quelqu’un qui les soulève avec ses genoux.
Ceux-là vous jureront que c’est l’oxyde de fer qui colore l’argile et lui donne ces teintes d’oranges et de rouges. Ce pigment naturel, utilisé sur la palette des peintres impressionnistes pour peindre le soleil, comme sur la peau dans certaines tribus d’Afrique pour s’en protéger.

A quelques kilomètres de Roussillon nous trouvons Rustrel, le second dealer de couleurs du coin. Un parking sous les pins, un chemin balisé, et nous voilà partis pour les buttes et les mesas d’Arizona.

Deux circuits s’offrent à nous, mais nous arrivons tard et la pluie arrive bientôt, nous nous contenterons du plus court.

Des nuages viennent se rassembler au-dessus de nos têtes et posent une atmosphère délicieusement drama sur le décor.


Quelques gouttes de pluie et il est temps de partir. Nous en restons là avec ce Colorado Provençal que je vous encourage à aller saluer si vous passez par le magnifique Vaucluse.
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Alors évidemment, raconter que notre Colorado Provençal rappelle le Grand Canyon ça reste de la galéjade marseillaise. J’ai eu la chance de voir par trois fois le Grand Canyon du Colorado, et je crois que c’est la chose qui m’a le plus impressionné jusqu’ici. A chaque fois j’en ai eu le souffle coupé.
A suivre, un concert qui a fait polémique et dont je n’ai vu que la moitié, mais quelle moitié !

Bonne soirée
N.
4 commentaires
Ce colorado provençal un bijou que j ai decouvert il y a 12 ans et qui reste une merveille dont je ne me lasse pas et j ai la chance d y etre a 1 h de mon domicile plutôt hors saison. Merci nico d en avoir parler aussi bien
Merci Marie Claire
Franchement Nico, merci pour cette balade de malade! Entre les ocres, les falaises et tes photos dignes d’un tueur à gages en mission “Beauté fatale en Provence”, on ne sait plus si on doit respirer ou applaudir!
Merci d’avoir partagé ça avec nous, t’as réussi à nous donner envie de transpirer sous « 40° » juste pour faire les mêmes photos. Si tu m’emmènes, je dis OUI direct, même sans assurance, sans eau et avec mes Rollers ! 😂 Respect, sniper du reflex. bizzzz
merci Rabha !! Super ton retour 🙂 Mais là pas de reflex, je vais effectivement le ressortir car le tel a ses limites