À une époque où les nouvelles technologies et les nouvelles façons de consommer poussent à l’individualisation des pratiques, il existe encore heureusement des pépites qui sont de véritables fabriques du lien social. Les amis, nous ouvrons aujourd’hui une petite série consacrée à ces escales du vivre-ensemble, ces établissements qui sont à la fois des cantines et des lieux d’échanges.

Et s’il est une ville qui fait figure de véritable laboratoire du vivre-ensemble, c’est bien Montreuil, deuxième ville de Seine-Saint-Denis, et qui touche Paris sur son nord-est. Je vous propose de commencer par là, et d’aller découvrir deux premières adresses, Le Drunken, et la Marbrerie, les deux sur la ligne 9 du métro.
Montreuil Sous Bois
Je ne sais pas si l’on peut, comme certains s’y hasardent, comparer Montreuil à Brooklyn et ses 2,6 millions d’habitants, mais les deux ont en commun un passé de villes ouvrières devenues aujourd’hui des territoires attractifs et créatifs.

La combo « métro + anciennes fabriques transformées en lofts à des prix encore compétitifs » a attiré, dès la fin du XXᵉ siècle, aussi bien de jeunes actifs que des artistes renommés, amorçant dans cette ville populaire à forte immigration un phénomène de gentrification.

Soutenu par un important tissu associatif, aujourd’hui le « bas Montreuil » foisonne d’événements, de festivals, de démarches artistiques, d’initiatives solidaires et de bons points de chutes. J’y suis très souvent fourré, et c’est donc tout naturellement par là que je commence ma tournée des « cantines, mais pas que… »
Le Drunken
Pour commencer notre exploration, je vous emmène au Drunken, situé non loin du métro Croix-de-Chavaux. Né au milieu des années 2010 dans le sillage de la vague de la craft beer, la bière artisanale, qui a déferlé sur Paris, le lieu a vite dépassé son statut de simple cave à bières pour devenir un véritable espace d’échanges et de rencontres.

ambiance et déco de l’est-parisien
Dès qu’on pénètre dans le lieu, on est immédiatement happés par l’ambiance d’une vaste salle en mode entrepôt et où les grandes tables sont à « touche-touche », ce qui facilite les interactions. Aux murs, des photos de concerts et des posters de films issus du cinéma alternatif des années 70, peut être un clin d’œil aux anciens studios Charles Pathé, qui faisaient de Montreuil au début du 20ème siècle un acteur majeur du cinéma .

DJ sets, concerts, cabarets, sessions vinyles, et même un comedy club un jeudi sur deux, l’agenda est plutôt diversifié, il y en a pour tout le monde.

De la bière, des tapas et des jeux
Les amis, si vous aimez la bière vous devriez trouver votre bonheur, que ce soit dans les innombrables bouteilles de bières artisanales qui s’alignent dans les grands frigos, ou bien dans les nombreuses tireuses à la pression.

Mais jetez quand même un œil à la carte projetée au mur : les prix peuvent varier du simple au quadruple. Lisez bien tout, car la dernière fois j’ai commandé du cidre, mais le barman, avec ce sixième sens propre au métier, a tout de suite suspecté que je m’étais trompé.
Pour accompagner, la boutique propose une sélection de tapas plutôt sympa. La tapenade « maison » doit vraiment être faite maison, car lorsque j’en ai commandé, la barmaid m’a expliqué qu’ils devaient en refaire … et j’ai bien senti qu’elle me pardonnerait volontiers de faire un autre choix.

Mais le truc vraiment sympa, ce sont les jeux mis à dispo. Arcade, jeux de balles, board games, et tout est gratuit. Vous pouvez confronter vos connaissances, ou même vous glisser dans la peau d’un antifa, un concept qui a pas mal tourné sur les plateaux télé dernièrement.



A ma dernière partie de « balle dedans », un rasta , peut être sous euphorisant, s’est surinvesti émotionnellement dans le déroulé : très déçu lorsque la balle n’attrapait pas le gendarme, (trop) réjoui lorsqu’on touchait au but. C’était très drôle.

Coté ambiance c’est le classique bas Montreuil, un mix plutôt engagé et bienveillant, on se sourit et on se parle.

On en reste là avec le Drunken, n’hésitez pas à jeter un œil à l’agenda, je vous colle toutes les infos à la fin.
Allez on file à la Marbrerie, située non loin, pour une soirée manouche.
La Marbrerie
Cantine, salle de concert, centre d’art et d’expérimentation, la Marbrerie est un autre incontournable du vivre-ensemble Montreuillois. Installée dans une ancienne marbrerie réhabilitée, le tiers lieu propose une déco brute et une programmation léchée.
Cantine le midi, répétitions et résidences d’artistes en journée, concerts le soir puis club la nuit, tous les publics se croisent.

Soirée salsa, brunch en musique, tribute au concert unplugged de Nirvana, musique argentine, électro party… l’agenda est résolument éclectique. On attend même les Pussy Riots le 2 avril, ces opposantes à Poutine qui défrayent régulièrement la chronique. La programmation est à l’image du lieu : métissée.

Les lieux qui ont une âme sont ceux faits d’habitudes et de passages. En fonction de la programmation, les visiteurs d’un soir viennent, parfois de loin, se mêler au noyau dur des habitués.
Le groupe de mamies qui refait le monde en rigolant autour d’une bouteille de rouge, le retraité avec sa casquette sa casquette vissée qui va absolument tout photographier, la jolie métisse qui débarque avec son perfecto et sa jupe de gitane, qui va tourbillonner toute la soirée, sa pinte à la main… Tous ont un point commun, un grand smile.

Au milieu de la salle encore vide, Johnny Montreuil salue ses proches. Ce poète du bitume, qui vit dans sa caravane au milieu des murs à pêches, vous l’avez souvent croisé si vous suivez ce blog. Puis c’est parti pour un set de musique cajun.


Ce soir, c’est carnaval manouche aux accents afro-caribéens, et dans la salle toutes les générations se croisent et se mélangent.

Allez, on se met dans l’ambiance en vidéo.
On en reste là avec ces cantines du vivre-ensemble, on en fera d’autres sur Montreuil et même sur Paris. .Je vous colle les liens vers la programmation, le Drunken et la Marbrerie.
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A suivre : les amis je vous emmène, l’espace d’une soirée, en enfer…

Bon week-end
N.