Mai 2021, rappelez-vous les amis le pays sort de presque trente jours de confinement, une sortie en catimini puisque masque en extérieur et couvre-feu à 22 heures restent de rigueur . Le monde est fermé et nous avons tous des vacances à écluser, ce sera donc la Loire à vélo, un choix presque par défaut.
Superbe expérience, puisqu’un an plus tard on prend presque les mêmes et on recommence, retour sur la Loire mais cette fois en amont, sur un parcours moins touristique : depuis Nevers jusqu’à la ville de Jean d’Arc, la belle Orléans.
En ce dimanche 24 avril, après avoir packé, nous prenons tranquillement la direction de la gare de Bercy où un train Intercités va nous emmener jusqu’à Nevers notre point de départ.
Alors on nous bassine avec la mobilité douce, mais on sent bien que ce n’est pas dans les priorités de la SNCF que de faire une place correcte aux vélos dans leurs trains. Enfin, TER et Intercités restent moins galère que le TGV lorsqu’il s’agit de voyager avec son vélo.
Le programme est déjà établi, et comme l’article est un peu long je vous le colle ci-dessous sous forme de table des matières histoire que vous puissiez le lire en plusieurs fois, ici les amis on soigne l’UX…
Allez je vous emmène au fil de l’eau, entre levées et chemins de halages, ambiance “en route mauvaise troupe”, c’est parti…
Un dimanche à Nevers
Difficile de se faire une idée sur une ville un dimanche d’élection pluvieux. On sent quand même que Nevers a dû jouer un rôle prépondérant à une époque, avant de tomber dans un certain anonymat.
L’ancienne capitale de la faïence et son cœur historique reste néanmoins une jolie découverte, et c’est aussi l’occasion de reprendre contact avec la Loire, notre compagnon de route pour la semaine. La belle se dévoile entre deux petites averses, mais nous sommes loin d’imaginer ce que nous allons prendre sur la tête le lendemain pour notre première étape.
Une nuit chez les soeurs
Nous allons passer dans notre première nuit dans un lieu atypique, une ancienne abbaye bénédictine devenue la maison mère des Sœurs de la Charité.
Et là c’est la grosse surprise, l’endroit ne loue pas juste quelques chambres pour aider au financement, c’est un lieu de pèlerinage et d’échanges puisque c’est avant tout un sanctuaire où repose Bernadette Soubirou. L’accueil est fait par des bénévoles que vous racontent un peu l’histoire de celle qui a eu des apparitions, et qui, ne supportant plus la pression, a quitté Lourdes pour venir se mettre au vert chez les sœurs à Nevers.
Et pour finir, vous apprenez que vous pouvez aller saluer Bernadette qui repose dans l’église à l’intérieur d’un grand cercueil en verre. Le corps n’a pas bougé, ils ont juste mis un peu de cire sur le visage et les mains pour empêcher la peau de noircir. On nous demande au passage de ne pas prendre de selfie avec Bernadette quand nous serons dans l’église, ce qui sous-entend que certains l’ont fait, ça laisse songeur…
Sinon le lieu coche toutes les cases : des chambres simples et bon marché, un endroit pour mettre les vélos à l’abri. Vous trouverez tous les renseignements ici.
Les guests sont pour la plupart des itinérants de passage pour la nuit, comme ce jeune couple de bretons qui font avec leur jeune enfant à peu près le même parcours, et que nous allons recroiser tout au long du périple. Ce belge d’un certain âge qui va jusqu’à Lisbonne sur son vélo en n’ayant aucune idée d’où il sera le lendemain car il laisse son GPS le guider sans avoir regardé à l’avance le trajet, ou encore Maria la mystérieuse roumaine qui a dû atterrir ici au hasard de la vie, et qui visiblement s’y est établie.
Après une nuit un peu étrange dans un lieu tout aussi étrange il est temps de prendre la route; dehors il pleut des cordes.
De Nevers à la Charité-sur-Loire, sous la pluie
A vélo, quand le ciel vous tombe sur la tête il faut ranger son égo et sortir le poncho jaune fluo. Nous quittons Nevers par le sud pour aller récupérer le canal latéral qui longe la Loire. Le canal nous guide jusqu’à la confluence avec l’Allier que nous allons traverser sur un pont canal, ouvrage curieux qui, comme son nom l’indique, est à la fois un pont et un canal.
Une fois passé le bec d’Allier (confluence Loire et Allier) qui parait il est très beau mais que la météo nous masque, la Loire prend la direction du nord, et ce jusqu’à Orléans notre terminus.
L’étape du jour fait environ 50 kms. A la moitié, bien qu’équipés, nous sommes trempés, mais la pluie finit par baisser d’intensité et la dernière partie le long de la levée est plus confortable.
Et c’est même sous un soleil timide, qui arrive difficilement à percer, que nous arrivons triomphalement à la Charité sur Loire, bien affamés car c’est lundi et nous n’avons rien trouvé d’ouvert sur le chemin pour pouvoir nous poser.
La Charité sur Loire, une capitale du Livre
La particularité de cette ville tourne autour du livre. Un grand libraire parisien est venu s’y installer il y a une trentaine d’années et a créé une foire du livre; depuis d’autres ont suivi pour redonner vie à un centre historique déserté.
On y trouve également des artisans d’un autre âge, des typographes, enlumineurs, calligraphes et autres relieurs… Avec mon intérêt pour le Moyen-Age, et même si tout est fermé en ce lundi après-midi, je ne pouvais que me sentir bien dans cette petite ville.
Allez je vous donne deux adresses sur place; d’abord notre hôtel du jour, Au Bon Laboureur, très sympa avec sa petite cour et son patron haut en couleurs. Ensuite un espèce d’ancien routier à l’entrée de la ville, Le Berry, qui propose un menu fait maison, à prix cadeau, à une clientèle mêlant habitués et itinérants.
La nuit tombe doucement sur la Loire, il est temps de regagner l’hôtel et de tout étendre sur les radiateurs en espérant que tout soit sec demain.
De la Charité à Sancerre, l’enivrante
Nous quittons la Charité avec deux bonnes nouvelles: le beau temps est revenu et ne devrait plus nous quitter, et aujourd’hui c’est mardi nous allons enfin pouvoir trouver des endroits où nous poser. L’étape du jour est plutôt courte, nous allons suivre la Levée Napoléon jusqu’à Pouilly un autre grand nom du vin, puis longer la Loire au travers de petits chemins au milieu des prairies jusqu’au village de Sancerre.
Quand vous ferez la Loire, des levées vous allez en emprunter beaucoup. Ce sont des digues moyenâgeuses qui permettaient à l’époque de contenir la fougue du fleuve. Surélevées, c’est un peu comme si on voyageait au balcon.
Aux alentours de Saint-Satur, nous nous arrêtons chez un réparateur pour un souci de freins. Le gars nous dit alors que ce n’est pas trop les freins le problème, mais plutôt la roue qui est voilée, et nous remet tout cela d’équerre en moins de quinze minutes. Entre temps d’autres vélos se sont arrêtés et on est encore hors saison; les réparateurs de vélos de la Loire, qui ne sont étonnement pas légions, s’apprêtent à passer quelques mois intensifs…
Alors les amis j’ai fait ce qu’il ne faut surtout pas faire: j’ai un peu arrosé le déjeuner de midi au Sancerre histoire de faire honneur au coin, aussi la côte pour monter au village je l’ai faite en poussant le vélo. Règle d’or : pas d’alcool le midi si on doit reprendre le vélo après…
La journée n’est pas finie, notre hébergement se trouve une dizaine de kilomètres plus loin sur le canal latéral.
Nous sommes attendus à la Buissonnière un gite vraiment sympa, sans doute la meilleure surprise du trip. Comme c’est au milieu de nulle part, la patronne fait la cuisine pour les guests, rien à redire.
De Sancerre à Gien, la plus longue
L’étape du jour est sans doute la plus longue, avec près de 60 kms. Elle débute comme souvent sur le canal, puis nous coupons à travers champs pour rejoindre la Loire, avec un petit stop dans un café sympa à Cosne sur Loire.
A Cosnes sur Loire vous pouvez faire un break au café L’Icone (sur Loire?), les deux patronnes sont plutôt rock-n-roll, et vous les retrouvez jusque sur les murs sur des photos plutôt réussies.
Après Cosne le chemin suit une levée jusqu’à la … centrale nucléaire de Belleville dont on est censé passer au large, mais comme nous avions prévu de déjeuner dans un bled hors du parcours officiel nous avons finalement longé la centrale, plutôt impressionnant…
Dans l’excellente guinguette de Neuvy sur Loire tout le village s’est réuni pour déjeuner car le dernier mercredi du mois c’est tête de veau, et ici on rigole pas avec la tête de veau.
La suite du parcours est assez sauvage jusqu’à la ville de Briare et son pont-canal unique. Comme lundi nous en avons déjà traversé un sur l’Allier, cela fait donc deux pont-canaux uniques, et ça c’est vraiment unique.
A l’entrée du pont vous trouverez un chocolatier, “Chocolat et Chimères“, si vous n’avez qu’un seul endroit pour faire une pause alors faites-la là, c’est magnifique.
Passé Briare, le chemin bascule sur la rive gauche, entre prairies et forêts, pour retrouver la Loire à l’entrée de Gien, étape du jour.
Une belle et longue étape que ce Sancerre – Gien, avec à l’arrivée une bonne soirée dans un restaurant où la patronne nous a particulièrement bien accueillis.
De Gien à Sully, dans les terres
L’avant dernière étape qui doit nous amener à Sully sur Loire s’enfonce d’abord dans les terres, avant de rejoindre une digue exposée aux vents d’ouest.
L’arrivée sur Sully est assez magique, avec son château et ses douves qui sont en eaux. L’édifice moyenâgeux était un point de contrôle sur la Loire comme il y ‘en avait beaucoup, il a cependant accueilli Louis XIV enfant lorsqu’il a fui Paris pendant la Fronde.
Bon l’histoire c’est sympa, mais ce soir il y a match de Coupe d’Europe contre Rotterdam. Quand nous entrons au pub du coin, le patron est en train d’assurer à un jeune gars un peu éméché et qui demande à voir le match que, lui vivant, on ne passera jamais l‘OM dans son établissement… On tente quand même notre chance gentiment, et le patron bascule sur le foot. Il m’a même offert une bière suite à un but gag encaissé en début de seconde mi-temps (en espérant qu’il n’ait pas trop craché dedans).
La soirée est finie, backup à l’hotel, demain c’est la dernière étape et je pars à l’aube avant les autres car je tiens à visiter une abbaye située à une dizaine de kms de Sully.
En route pour Orléans
Et voilà c’est déjà la dernière étape, une belle étape puisqu’environ 55 kms nous séparent encore de la ville libérée par Jeanne d’Arc. Dès l’aube, je pars donc visiter l’abbaye de Fleury, visite que m’avait recommandé par la patronne du resto à Gien.
Je rassure ceux qui me connaissent, je reste un laïc radicalisé, pour moi tout cela reste avant tout du patrimoine et de l’histoire de France.
L’abbaye de Saint benoit
Après dix kilomètres à travers champs, en essayant d’éviter les immenses arrosages qui ne doivent pas balancer que de l’eau, on finit par tomber sur cette immense basilique au beau milieu de nulle part. L’abbaye héberge les restes de Benoit de Nursie, un moine italien qui a vécu au tout début du Moyen-Age, et qui va fonder l’ordre des Bénédictins, la Rolls des ordres monastiques (cent mille monastères dans toute l’Europe à son apogée)
Les reliques sont dans la crypte, il y règne vraiment une drôle d’ambiance. On peut y méditer sur les challenges de 2022 comme la pandémie, la guerre, la fin de saison de l’OM, sans ordre de priorité.
A l’arrière de l’édifice vous pouvez monter dans un bâtiment musée qui offre une belle vue sur toute la basilique.
Direction Orléans
J’avais donné rdv à l’abbaye au reste de la troupe, et nous voilà donc partis en direction d’Orleans. Nous suivons la rive droite jusqu’à Châteauneuf sur Loire (clin d’œil à mon collègue Dominique qui est de là-bas), puis nous traversons pour finir le trip sur la rive gauche.
La seconde partie de l’étape est plutôt sauvage, elle ressemble un peu à l’arrivée que nous avons eue sur Angers l’an dernier. Sur la route nous allons croiser un cycliste qui va nous raconter l’histoire de la ville, un vrai passionné.
En milieu d’après-midi nous entrons enfin libérer Orléans, sous un soleil radieux. Fin du parcours.
Orléans pour finir
Orléans dans l’histoire, c’est avant tout un grand port fluvial. Tout ce qui arrivait à à Nantes depuis le nouveau monde remontait la Loire grâce au vent jusqu’à Orléans avant d’être acheminé sur Paris. Même chose pour tous les vins et produits locaux produits en amont.
Pour moi Orléans c’est une découverte, c’est une des rares grandes villes de la vallée de la Loire où je n’avais encore jamais mis les pieds, et j’ai été très agréablement surpris: c’est bien dans la lignée des Tours, Blois et autre Angers
Le centre historique est très préservé, avec ses troquets accueillants et ses maisons à colombages on s’y sent immédiatement bien. D’ailleurs on est surpris par le nombre de bars et de restaurants, la concurrence doit être rude.
La Ville de Jeanne d’ARc
Les amis vous n’allez pas échapper à un peu de guerre de cent ans, car Orléans c’est aussi la ville qui a été libérée par la pucelle, et ça tombe bien car par le plus pur des hasards nous sommes en pleine fêtes Johanniques
Alors la guerre de cent ans kezako ?
Pour faire simple, on est dans le bas Moyen-Age et il y a une grosse rivalité entre les royaumes de France et d’Angleterre. Quand le roi de France, Phillipe le Bel, meurt sans descendance il faut choisir un successeur, et il se trouve que le descendant le plus proche est le roi d’Angleterre, son petit fils. Hors de question d’avoir un “anglois” aux commandes, on va vit couronner un neveu, et tout cela va finir par une grosse bagarre ou les rois, leurs fils après eux, et même leurs petit-fils, vont s’affronter rudement.
Cent ans plus tard le royaume de France est au plus mal car la chevalerie Française n’a pas évolué dans son art de la guerre, et les plus grandes batailles ont été perdues face aux archers anglais et leurs arcs longs qui font des ravages. Tout le nord du pays est occupé y compris Paris; le royaume de France se résume et une petite région sous la Loire, et un traité a été passé pour couronner le roi d’Angleterre comme roi de France quand ce dernier sera mort….
A cette époque on est très religieux, et tout le monde attend le prophète qui va changer la donne. Aussi en 1429 quand une jeune fille venue de l’est se présente au dauphin en lui disant que dieu lui a ordonné de le faire sacré à Reims et de bouter l’anglais hors de France, le dauphin n’a pas d’autre choix que d’accepter et de la mettre en porte étendard de son armée.
Alors il y a des théories alternatives sur Jeanne d’Arc, certains estiment même que tout cela a été scénarisé par le dauphin himself pour relancer l’espoir. Qu’une jeune fille charismatique, téméraire, persuasive et auto proclamée messagère de dieu, à une époque totalement pieuse et désespérée, puisse emmener tout un royaume avec elle reste plausible.
Pour aller à Reims il faut traverser la Loire et à l’époque les ponts ne sont pas nombreux, aussi Jeanne convainc le dauphin et son état-major qu’il faut faire sauter le verrou que constitue ville d’Orléans assiégée par les anglais.
Alors sans doute la légende a pris le dessus sur la réalité, comme souvent à cette période (on sait déjà que Jeanne n’était pas une bergère comme on a pu l’apprendre à l’école), mais il semble que les anglais ont quasi fui sans combattre et que la ville a été libérée en moins de deux.
Tout cela finira bien pour le futur Charles VII qui sera sacré à Reims comme elle l’avait prédit, et finira par conquérir tout le pays. Cela va beaucoup moins bien se terminer pour Jeanne qui comme vous le savez, abandonnée par le roi, finira sur le bucher à même pas vingt ans.
Retour à Paris
Et voilà les amis, un dernier verre dans la longue rue de Bourgogne qui est sans doute l’une des plus animées de la ville, et c’est le retour à Paris en TER.
Direction la gare d’Austerlitz, une belle balade à vélo qui se termine mais qui en appellera certainement d’autres, peut être en Bretagne même si la liaison pour y aller et en revenir avec les vélos s’annonce des plus galères.
Pour les insomniaques, l’épisode un entre Tours et Angers
Bonne soirée
N.