Après la criée bretonne à Montmartre, nous restons dans le thème de la grande bleue, mais cette fois nous larguons les amarres et mettons le cap sur la haute mer. Nous ferons escale à l’Hôtel de la Marine avant d’aller jeter l’ancre au musée de la Marine, deux monuments aux vocations différentes mais qui partagent le même horizon : l’aventure de l’homme sur les mers.

On saute dans un métro, direction la place de la Concorde qui n’est pas seulement un immense rond-point s’enroulant autour d’un obélisque égyptien; elle abrite aussi quelques pépites, dont le somptueux Hôtel de la Marine.
J’ai un peu d’avance, j’en profite pour faire un bout de carte postale en traversant le jardin des Tuileries qui reste beau même en hiver.

L’Hôtel de la Marine
L’immense place de la Concorde est bordée, au nord, de deux bâtiments à colonnades identiques. Si celui de droite héberge depuis deux siècle l’hôtel de la Marine , il avait été construit sous Louis XV pour une tout autre fonction.

Allez on remonte la pendule…
Le Garde-meuble Royal
Quand à son tour Louis XV ambitionne de faire bâtir une place destinée à le glorifier ; dans la lignée de la place Dauphine dédiée à Louis XIII ou de la place Vendôme imaginée par son arrière grand père le Roi-Soleil ; il jette son dévolu sur un marécage mal famé, un coupe-gorge situé tout au bout du jardin des Tuileries.


Avec cette place, au centre de laquelle trône sa statue (aujourd’hui remplacée par l’obélisque rapporté d’Egypte), le roi fait également édifier les bâtiments néoclassiques destinés à devenir le Garde-Meuble de la Couronne.
Ici on va construire, stocker et restaurer les meubles, tentures, horloges et autres objets de décoration à destination des différentes demeures royales.

L’intendant est chargé de faire tourner la boutique, il occupe une fonction importante au même titre que celles d’écuyer ou de valet de chambre. Ce sont d’ailleurs les appartements des intendants successifs qui sont aujourd’hui ouverts à la visite.
Les apparts des intendants
A votre arrivée vous récupérez un casque audio, en ayant pris soin d’avoir choisi le type de musique pour accompagner la visite. L‘esprit des lieux commence alors à vous conter l’histoire de l’Hôtel de la Marine tandis que vous grimpez un superbe escalier tournant qui vous emmène aux appartements des intendants.

Alors ils vont être logés comme des rois Pierre-Élisabeth de Fontanieu et Antoine Thierry de Ville d’Avray, les deux intendants qui ont administré des lieux. Mais si l’appart de fonction est sympa, la responsabilité est énorme : une bougie mal éteinte et c’est tout le patrimoine royal qui part en fumée.


Et puis il faut rester à la pointe de la mode, contracter les meilleurs artisans pour éblouir les visiteurs de prestige. Pour construire la moindre chaise il vous faudra un menuisier, un ébéniste, un sculpteur, un doreur, un matelassier…
Il vous faut aussi connaitre la politique, savoir quel invité doit être chouchouté, et quel autre, dans le collimateur, se verra refilé le mobilier le plus ringard de la collection .

De Fontanieu connait bien la politique, et il fait tourner la boutique à plein (ancien) régime. Mais ses grandes passions restent les danseuses et les soirées libertines qu’il organise dans ses vastes appartements. Personnage sulfureux, De Fontanieu s’est même fait aménagé une pièce tapissée de miroirs pour ses soirées times’up, une pièce que son épouse fera décorer de chérubins pour essayer de sauver les apparences.

De Fontanieu finira par tomber en disgrâce, et sera remplacé par son second Antoine Thierry de Ville d’Avray.
Fraichement anobli, de Ville d’Avray est lui un homme de gout. Moins rigoureux que son prédécesseur, il excelle surtout à trouver les meilleurs artisans pour produire le mobilier le plus en vogue. Les mauvaises langues diront qu’il aime tellement les meubles qu’il a tendance à garder les plus beaux pour son usage perso, mais c’est surtout un cambriolage spectaculaire qui va précipiter sa perte.

Le casse du Siècle
Le Garde-Meuble de la Couronne est ouvert quelques jours par semaine au public, c’est le premier musée des arts-déco de l’histoire. .On y expose des meubles prestigieux, mais aussi des pierres précieuses et surtout les joyaux de la Couronne. En 1792, une trentaine de voleurs extrêmement bien renseignés fracturent une fenêtre à l’étage et se servent allègrement dans le trésor royal : gemmes, épée de diamants, joyaux de chevalerie, toison d’or…
Le casse du siècle les amis ! Un cambriolage qui rappelle étrangement ce qui s’est passé au Louvre en octobre dernier, il y a sans doute un zeste d’inspiration.

Et puis la révolution emporte tout cela, Louis XVI est ramené manu militari depuis Versailles à Paris, il faut caser les différents ministères et c’est celui de la Marine qui va venir s’installer place de la Concorde.
Le Ministère de la Marine
Avec l’arrivée du ministère de la Marine, c’est le centre névralgique de la nation qui prend ses quartiers dans ce qui devient l’Hôtel de la Marine. Le rabot a laissé place au sextant et à la boussole… On y dirige les arsenaux et les chantiers navals, on planifie les expéditions, gère les affaires coloniales, dessine des cartes, décide des stratégies maritimes, sans oublier d’organiser la défense de nos milliers de kilomètres de côtes…

On y décide aussi les guerres et les alliances, on travaille sa diplomatie, mais on y prépare aussi de belles choses, comme en 1794 le premier décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies française.

des bals sompteux
Mais entre l’ouverture d’une route maritime et une commande d’une frégate, on prend aussi le temps de s’amuser. Le lieu est resté somptueux ; on y donne des réceptions, des dîners officiels, et surtout des bals incroyables auxquels tout le gotha rêve de participer.
Que ce soit pour asseoir son pouvoir en interne ou pour impressionner les voisins, le lieu accueille des milliers d’heureux invités qui franchissent les portes dans leurs plus belles tenues. Le luxe et le pouvoir à leur paroxysme.
Un coup de chaud après une valse endiablée ? La terrasse et ses colonnades offrent une vue à 180 depuis les Tuileries jusqu’aux Champs.

Le ministère restera plus de deux siècles dans les murs de l’Hôtel de la Marine. Installé sous Louis XVI en pleine Révolution Française , il ne déménagera qu’en 2015. Le temps de le retaper un peu et voilà aujourd’hui l’Hôtel ouvert au public.

Nous sortons capitaines au long cours, il est temps de quitter ce superbe édifice, ses marbres et ses dorures. Direction un autre lieu dédié aux aventures maritimes, le musée de la Marine.
Le Musée de la Marine
Je devrais dire le musée National de la Marine, l’un des plus ancien musées au monde. Il est niché dans une aile du Palais Chaillot, cet édifice symétrique installé au dessus du Trocadéro et qui offre la vue la plus célèbre sur la Tour Eiffel.

Les amis j’ai bien dit la plus célèbre hein, la plus belle, à mon sens, je vous la dévoilerai à l’occasion. Alors tout le quartier est surnommé la colline des arts, on y trouve le MAM, l’excellent Palais de Tokyo, le musée Guimet … un tas de monuments que nous irons saluer.


Horizons Lointains
Le lieu est né d’une collection de maquettes de bateaux qu’un inspecteur de la marine va offrir à Louis XV. Si vous êtes sensibles aux modèles réduits de navires, vous risquez de passer un très bon moment car le musée en héberge un sacré paquet.

Et si vous n’assumez cet amour pour les maquettes, vous pouvez toujours venir en famille, en précisant d’un air grave que ces navires n’étaient pas faits pour jouer dans la baignoire, mais bien pour enseigner aux ingénieurs en construction navale de l’époque.
Le musée est immense, au fil de l’eau vous traversz tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la grande bleue. De la puissance militaire à l’archéologie sous marine, en passant par les grandes expéditions.

Parmi les nombreux tableaux on trouve Marseille bien sûr, ville cosmopolite où les classes sociales se mélangeaient déjà. Le peinte Vernet avait reçu une commande du roi : peindre en maxi format les plus grands ports de France.

Et puis aussi la Marne que j’adore faire à vélo, le berceau du canotage et de l’aviron.

Jusqu’à début mars, une super expo immersive ( be immersive or not to be) raconte l’explorateur Magellan. On connait Vasco de Gamma qui a ouvert la route des Indes en contournant l’Afrique, on a également Christophe Collomb qui a tenté de faire de même par l’ouest, qui s’est gaufré mais qui pour le coup a découvert l’Amérique. Tout cela à une époque où le monde maritime était coupé en deux : la partie espagnole et la partie portugaise.
Quant à Fernand de Magellan… je vous laisse découvrir l’expo (mais ne tardez pas).
L’article se fait long, on en reste là les amis pour cette échappée en haute mer. Je vous laisse les liens vers les deux institutions que nous venons de découvrir : le Musée National de la Marine et L’Hôtel de la Marine. Deux lieux, vous l’aurez compris, que je vous encourage à aller saluer.
Je vous colle également le lien sur la criée Montmartre si vous souhaitez prolonger sur le blog.
Bon vent, et à la prochaine escale.
Capt’N.
4 commentaires
Merci niko pour cette balade martime sur Paris de montmartre à la concorde, toujours des lieux chargés d histoire que tu racontes si bien, vivant mieux que Gemini à mon goût
Merci Marie Claire ! Buses @ bientôt
Merci Niko pour cette belle découverte. Un super moment, comme si j’y étais 🙂
Merci Kenz pour ce joli retour !